Souvent imité, jamais égalé: le grand cauchemar de Sam Raimi.

PAR PAIMON FOX

Le week-end s’annonçait pour le mieux : cinq jeunes vacanciers étaient décidés à s’amuser dans un chalet, perdu au plus profond de la forêt. Ils y découvrent très vite un grimoire, un étrange poignard et les enregistrements d’un savant disparu. Sa voix, surgie du passé, raconte son épouvantable histoire et récite des incantations. Les mystérieuses paroles réveillent la plus terrifiante des puissances maléfiques. C’est le début d’une nuit de cauchemar…

Les films d’épouvante ne sont jamais aussi efficaces et riches que lorsqu’ils s’aventurent dans d’autres registres. En somme, quand ils ne se cantonnent pas à de l’horreur simple… Si, certes, Evil Dead que Sam Raimi a tourné à l’âge de 22 ans (22 ans, oui, ma bonne dame!), file les jetons, c’est aussi un film qui fait se rencontrer l’horreur et l’humour dans une même scène sans pour autant que l’un ne prenne le pas sur l’autre. L’intérêt réside plus dans l’atmosphère cauchemardesque, que dans le scénario de facture au fond extrêmement classique. L’enjeu dramatique pourrait se résumer sommairement ainsi : une bande de post-adolescents viennent sciemment dans une maison pas très rassurante et éloignée du reste du monde pour réveiller les vilains souvenirs d’une maison hantée. Le canevas est typique de toutes les productions des années 70. Le film le plus emblématique de cette mouvance, qui consiste à voir une bande de jeunes en proie à des événements qu’ils ne maîtrisent pas, est certainement Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Mais Evil Dead est devenu une référence parce que justement il ne ressemble pas aux autres. Si d’un côté, on a le réalisme cauchemardesque (une famille déjantée pour Massacre à la tronçonneuse; des meurtriers en cavale dans La dernière maison sur la gauche), Evil Dead est en comparaison peut-être plus mélangeur de genres.

Ce n’est pas étonnant si le cinéaste disait volontiers aux journalistes de l’époque que les films qui étaient pour lui les références sous-jacentes de Evil Dead étaient Freaks de Tod Browning ou La maison du diable de Robert Wise. Si Freaks l’a probablement plus inspiré pour la réalisation de Darkman, un thriller merveilleux dans lequel un scientifique (Liam Neeson), défiguré suite à un incendie, décide de se venger de ceux qui ont provoqué sa perte, La maison du diable convient lui, parfaitement au style pourtant unique de Evil Dead. Comme lui, il a recours à une forme d’horreur implicite qui suscite le mystère : l’entité maléfique qui vient semer le trouble chez nos amis est constamment hors champ. Les nombreux ressorts comiques sont assurés par un excès dans le monstrueux et le gore avec des maquillages extrêmement réussis et des situations surprenantes. La tension est provoquée par la menace constante qui pèse à l’extérieur mais aussi par les réactions imprévisibles de certains personnages qui peuvent exploser d’une seconde à l’autre et rire de manière continue, grinçante, stressante, puis agaçante pour devenir finalement insupportable et effrayante.

On peut toujours penser à ce qu’aurait été le film si Raimi avait supprimé toute forme d’humour. Mais le résultat aurait-il été plus impressionnant pour autant ? Certainement pas, puisque toute la richesse du film réside justement ici : dans cette conjugaison des genres qui n’a jamais été aussi bien exploitée au cinéma par la suite (sauf peut-être chez Peter Jackson, l’auteur des délicieux Bad Taste et Braindead). L’impression tenace que nous laisse encore aujourd’hui cet indémodable chef-d’œuvre est qu’il fallait être doté d’un talent et d’un culot immenses pour nous faire rire et peur avec de telles horreurs. De toutes les façons, c’est une preuve incontestable de sa redoutable efficacité. Un must indispensable.

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