C’est l’événement chaos de la rentrée. L’Étrange Festival revient pour sa 27ᵉ édition au Forum des Images, du 8 au 19 septembre 2021. Dans cette sélection particulièrement dense, voici dix films au fort potentiel chaos.


AFTER BLUE (PARADIS SALE) de Bertrand Mandico
«T’as vu dans quel état tu nous as mise?» Ce sont les quelques paroles que l’on entend au début du teaser qui nous a affolé cet été; et ce sont les mêmes qu’on poserait à Bertrand Mandico! Nature cristalline ou spongieuse, tueuses façon femmes-scorpionnes, couleurs acides à tous les étages, musique rock vrombissante, chair éclatée: quarante secondes qu’on va se repasser dix ou quinze fois pour être bien sûrs de ce qu’on vient de voir. Sur la planète chimérique After Blue, dans un futur proche. Roxy, une adolescente, délivre une criminelle ensevelie dans le sable. À peine libérée, cette dernière abat froidement plusieurs personnes. Tenues pour responsables de ces meurtres, Roxy et sa mère sont bannies de leur communauté et condamnées à retrouver la criminelle pour l’éliminer. Roxy Toxic et KateBush amoureusement filmées par Mandichaos dans son second long métrage après Les garçons sauvages. Un événement, donc.
> Séances: 10 septembre à 18h30 et 13 septembre à 20h45


THE BABY de Ted Post
Cinéaste sous-estimé, Ted Post a pourtant signé des longs-métrages très notables comme Pendez-les haut et court (1968) qui raconte la vengeance impitoyable d’un éleveur accusé à tort de vol de bétail, pendu et laissé pour mort, ou encore Le Merdier (1978), où un vétéran de la guerre de Corée désabusé, incarné par Burt Lancaster, reçoit l’ordre d’occuper un avant-poste abandonné par les Français au sud Vietnam. Avec The Baby (1973), film mi-horrifique mi-bouffon aussi rare que dérangeant, il a signé un conte camp mémorable notamment pour son coup de théâtre final culpardessustêtant. L’histoire d’un homme de 21 ans (David Manzy), séquestré et réduit à l’état de poupon par ses deux sœurs et sa mère. Ce thriller qui, comme il est précisé dans le dossier de presse “ne pouvait naître que dans les années 70“, se veut une réflexion sur l’image de l’homme dans la société américaine à l’apogée de mouvements féministes.
> Séances: 10 septembre à 15h et 19 septembre à 14h


INEXORABLE de Fabrice du Welz
Après Adoration, le réalisateur de Calvaire et Alleluia donne de ses nouvelles avec ce film noir décrit par son auteur comme “chargé de chair, de sensualité, de trouble, d’ambiguïté, de tensions.” Ainsi, à la mort de son père, éditeur célèbre, une femme emménage dans la demeure familiale en compagnie de son mari, un écrivain à succès, et de leur fille. Mais une étrange jeune fille va s’immiscer dans la vie de la famille et bouleverser l’ordre des choses. Ne pas se fier à l’impression de thriller classique, on peut compter sur Du Welz pour secouer toutes ces conventions tranquilles. Les premiers retours des professionnels de la profession évoquent, de surcroît, une impressionnante Alba Gaia Bellugi et un Benoît Poelvoorde au sommet. On y sera.
> Séances: 11 septembre à 21h et 16 septembre à 18h45


THE INNOCENTS de Eskil Vogt
Non, The Innocents de Eskil Vogt n’est pas un remake des Innocents de Jack Clayton (1961). Son titre fait référence aux personnages du film, qui sont des enfants. Le point de vue principal est celui d’une fille de 8 ans, et à cet âge, comme nous le rappellent L’esprit de la ruche ou L’enfant miroir, les enfants ressentent les choses autrement que sous un prisme rationnel, et il leur arrive, lorsqu’il sont confrontés à des évènements qu’ils ne savent pas expliquer, de réagir en faisant plus de mal que de bien. Le film débute avec l’arrivée d’une famille dans leur nouvel appartement situé dans un grand ensemble au bord d’une forêt. La fille aînée est autiste, et sa sœur cadette commence à explorer le coin. Elle fait connaissance avec un gamin qui a le pouvoir de faire bouger les objets. Une autre petite fille a le don de télépathie et lorsqu’elle le manifeste, le groupe se rend compte que leurs pouvoirs s’additionnent. En se relayant, les filles arrivent à faire sortir de sa bulle la fille autiste qui se met à communiquer, au grand soulagement de ses parents. Les choses se compliquent lorsque le gamin, sentant ses pouvoirs augmenter au contact des autres enfants, s’en sert à des fins maléfiques. Découvert à Cannes dans la section UCR et très apprécié.
> Séances: 10 septembre à 15h30 et 18 septembre à 15h45


LE JOUR DU FLEAU de John Schlesinger
Réalisateur des immenses Macadam Cowboy (et son gigolo sordide qui fit pleurer Hollywood) et Marathon Man (haut lieu du thriller sadique), John Schlesinger a aussi signé des œuvres incisives et somptueuses un peu lâchement oubliées par les livres de cinéma. Au milieu de Loin de la foule dechainée et de Sunday Bloody Sunday, Le jour du fléau est sans doute le film le plus mal aimé et le plus bizarre de son auteur. Et donc forcément le plus intéressant. Celui qui dit le plus chaos a gagné aussi. L’échec public et critique n’a rien de surprenant: à Hollywood, on n’aime pas trop tendre des miroirs, surtout lorsque leurs reflets font plus de mal que bien. Pendant 2h20, Schlesinger s’échine à démonter point par point le rêve Hollywoodien des années 30, celui qui décimait de pauvres créatures naïves, terrassées par neuf lettres de feu. C’est le Hollywood Babylon, décrit amoureusement par Kenneth Anger, qui se délectait de l’horreur derrière le beau, du stupre derrière la préciosité, de la chair derrière le carton pâte. Pour nous introduire à cet empire moribond et scintillant, rien de mieux qu’un artiste un peu idéaliste: dessinateur au service de la Paramount, Tod Hackett fond d’amour pour sa voisine, le cliché type de la starlette/nymphette, qui se fantasme déjà sous les spot-lights. Peste, allumeuse, fragile, Karen Black frétille en petite blonde prête à tout, même au pire, pour se risquer dans la cour des grands. Il fallait bien ça pour montrer à quel point Hollywood tapait sur le système: on devient un monstre de Hollywood, ou un monstre tout court.
> Séances: 16 septembre à 18h15


MAD GOD de Phil Tippett
Un scaphandrier est chargé de descendre aux tréfonds d’un univers vertigineux peuplé de créatures dominées ou dominantes, plus ou moins monstrueuses. Le but est d’aller déposer une bombe dans un endroit précisément décrit sur une carte, tandis qu’alentour, des créatures sont élevées pour produire des fluides corporels qui sont recueillis, transformés et utilisés pour générer de nouvelles créatures. L’un après l’autre, les scaphandriers échouent, tandis que leur commanditaire, le dernier homme sur terre (incarné par Alex Cox) continue à préparer leurs itinéraires avec un soin maniaque. Depuis des décennies, Phil Tippett, le concepteur des effets visuels de Robocop et Starship troopers, travaillait pendant ses heures libres à Mad God, un film très personnel réalisé en animation. Pour des raisons variées, le projet a été abandonné à de multiples reprises, à tel point que ceux qui en connaissaient l’existence avaient fini par douter qu’il serait jamais terminé. Finalement le voilà, et le résultat, que nous avons vu au Festival Fantasia, méritait largement le temps que son auteur y a consacré. C’est un film inclassable, d’une liberté totale, dont la conception relève de l’équivalent visuel de l’écriture automatique. Une multitude de références viennent à l’esprit: Le bunker de la dernière rafale de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, les films surréalistes de Jan Svankmajer pour l’animation image par image, les clips expérimentaux de Chris Cunningham pour l’horreur organique, le Peter Jackson des Feebles pour l’humour scato, 2001: l’odyssée de l’espace pour les séquences psychédéliques. C’est l’hallucination de l’année.
> Séances: 15 septembre à 16h15 & 16 septembre à 21h15


ORANGES SANGUINES de Jean-Christophe Meurisse
C’est l’un des films les plus décapants du dernier festival de Cannes, éparpillé entre le catalogue de petites situations absurdes: un couple à la retraite massacré par le sur-endettement qui mise son salut sur un concours de rock; un simili Cahuzac taille mannequin qui apprend à mentir de la plus cynique des façons pour dissimuler son compte à l’étranger; une ado qui va s’initier aux choses du sexe de la plus étrange des façons… et les variations d’humeur malaisantes propres à la petite troupe – du comique Deschiens au torture porn, il n’y a visiblement qu’un pas…On n’a pas spécialement envie de vous spoiler ce que recèle ce cocktail bien français qui crache ses quatre vérités à la face de l’Hexagone, on peut juste vous dire que le film fait du bien (enfin on se comprend). Christophe Paou, l’assassin de L’inconnu du Lac, mérite un Oscar.
> Séances: 12 septembre à 19h & 16 septembre à 22h


PRISONERS OF THE GHOSTLAND de Sono Sion
Un criminel notoire est envoyé au secours d’une fille kidnappée ayant disparue dans un univers surnaturel. Au sein de ce territoire qu’on appelle le Ghostland, ils vont essayer de briser la malédiction qui les garde captifs de mystérieux revenants. C’est LE film de la rencontre entre la superstar Nicolas Cage et une autre superstar, Sono Sion. Une anecdote qui achève de nous convaincre que cette réunion sera hors norme: Sono Sion devait initialement réaliser Prisoners of the Ghostland au Mexique, jusqu’à ce que des problèmes de santé contrarient les desseins du réalisateur nippon: “J’ai eu une crise cardiaque avant de nous lancer dans le tournage”, explique-t-il. “Sachant que je vivais à Tokyo, Nicolas Cage a suggéré: ‘Pourquoi ne pas tourner au Japon à la place?’”. On ne sera donc pas surpris d’apprendre que pour Sono Sion, Nic est “la personne la plus facile” avec laquelle il a travaillé depuis qu’il a commencé ce métier.
> Séances: 9 septembre à 18h30 & 18 septembre à 21h30


THE SEX GARAGE de Fred Halsted
Une jeune hippie rejoint son copain garagiste sur son lieu de travail afin de passer du bon temps, mais le couple se trouve vite interrompu par l’arrivée d’un client. Gênée par cette intrusion, la fille prend la fuite au désespoir de son petit-ami. Néanmoins, la déception est de courte durée puisque le nouveau-venu prend la relève. Suite à cela, entre en scène un troisième et dernier arrivant, la véritable star de ce court film: le biker. Fred Halsted a, comme Wakefield Poole (Bijou) et d’autres types authentiquement talentueux des années 70, su tracer une ligne invisible entre cinéma expérimental et porno. Le noir et blanc granuleux du super 8 et la musique pop 60’s apposée à l’orgie de pièces détachées hurlent très vite «Kenneth Anger» à nos oreilles. Impression qui sera confirmée par un montage drug friendly incluant une fellation hétéro et les images de l’appartement chic d’un jeune homme qui prend une douche en se masturbant. Et l’arrivée du bike boy chevelu post Scorpio Rising (1965), la musique partira dans l’abstraction avec les notes d’un synthé hypnotique qui rappellera celui d’Invocation of My Demon Brother (1969). La caméra portée remue sur de très gros plans qui dissèquent les corps, morcelant les anatomies comme les composants des carrosseries environnantes. Une main vue à travers un pare-brise, un torse dont la tête est occultée par le toit du véhicule, un insigne Mercedes faisant figure de symbole ésotérique: on se dit que c’est J.G. Ballard qui a dû être content. C’est effectivement beau comme du Crash et c’est l’un des pornos préférés de Gaspar Noé qui l’avait d’ailleurs présenté lors de sa carte blanche à L’étrange Festival en 2003.
> Séances: 14 septembre à 21h15 & 18 septembre à 21h45


THE SPIN OF NIGHT de Philip Gelatt & Morgan Galen King
Ce film d’animation, vu et approuvé au NIFFF, raconte en plusieurs chapitres correspondant à différentes époques, le parcours d’une plante magique qui tombe en de mauvaises mains et les efforts de sa propriétaire, une sorcière, pour la récupérer. Le film est hybride dans sa matière narrative (un mélange de contes folkloriques et d’heroic fantasy) comme dans sa forme, qui propose une esthétique ultra stylisée pour compenser une animation au rotoscope, le tout étant parsemé d’images gore plutôt impressionnantes.
> Séances: 15 septembre à 15h30 & 19 septembre à 14h45

Une liste à laquelle on ajoute volontiers les non-cités et non moins méritoires Fou de Bassan de Yann Gonzalez, Bruno Reidal de Vincent Le Port, Limbo de Soi Cheang…

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