Derrière mon loup, je fais ce qu’il me plaît! Entre ces murs invisibles, on avait beaucoup aimé Willy 1er, épopée rurale qui cachait un cœur gros comme ça derrière sa gueule de fable acide façon Strip-Tease. Que ses deux réals, les frères Boukherma, remettent le couvert avec un film de genre ne pouvait que nous combler. Dès l’annonce du pitch, et encore plus à la vision du film, Teddy présenté comme une relecture gauloise du mythe du lycanthrope se pose inévitablement comme le pendant masculin de Grave de Julia Ducournau. Un risque, assurément.

Bien que son approche truculente et triviale soit à l’opposé de celle de la réalisatrice (quoique…), on y retrouve une fois de plus une figure au sortie de l’adolescence frappée d’une malédiction peu ordinaire. Thème déjà exploré, trop peut-être: vampire, zombie, cannibale ou loup-garou, la soif de sang et de chair canalise les pulsions enfouies et les transformations du corps. Mais on ne parle plus ici d’éveil sexuel (dieu merci, on échappe au délire du loser puceau) mais bien d’une bestialité et d’une rage contenues, qui vont évidemment exploser dès l’apparition de la grosse lune blafarde. Teddy (nom de nounours pour un futur loulou), un petit mec sans âge, va en faire les frais après avoir rencontré un loup: on y retrouve une fois de plus une approche de la métamorphose totalement vouée à l’école du body-horror, avec des passages de salles de bains devenus, hélas, un lieu commun du genre: langue mutilée, pupille malmenée ou ongles arrachés, ça pique mais on connaît un peu le chemin. L’ombre de Trouble Every Day plane sur le film, sans doute involontairement, en particulier durant cette séquence où une Noemie Lvovsky fellinienne vit une sensuelle attaque: Claire «doesn’t care» Denis était allée beaucoup plus loin sur une idée quasi-identique, et rares sont ceux ayant pu passer après.

Derrière son croisement entre Teen Wolf et un Bruno Dumont du Sud-Ouest, Teddy a parfois du mal à révolutionner le mythe du loup-garou, contrairement au tout aussi fragile Les bonnes manières (Juliana Rojas et Marco Dutra, 2017) qui questionnait le mythe sous un angle sexuel et politique des plus rafraîchissant. Sa spécificité tient en grande partie dans son cadre pittoresque, assumant le grotesque bien de chez nous jusque dans une marseillaise chantée (très faux) en guise de générique de début! Encore traumatisés par les visions de Thriller ou des Contes de la Crypte, en passant par les récits de Stephen King (le film est clairement la rencontre entre Carrie et Peur Bleue), références qu’on approuve à 120 %, les frères Boukherma signent malgré tout un film fort attachant, porté par un impeccable Anthony Bajon: tout comme dans Willy 1er, c’est l’émotion qui fait une percée remarquable et élève avec force tout ce qui a pu précéder. Les derniers instants, célébrant un amour fou avec du poil autour, ont quelque chose que les autres n’ont pas. Du coup on veut bien faire un tour dans les bras velus de la bêbête, quitte à en perdre un bras. J.M.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici