"Entrails of a virgin", un film qu'il est dégénéré

Ce titre, ah. Quelle délicatesse, quelle finesse, quelle poésie. Et le film, n’en parlons même pas. Enfin, si un peu quand même.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Années 80: alors que le cinéma d’exploitation japonais connaît ses heures les plus sombres (merci l’arrivée de la vidéo), quelque chose se passe du côté de l’underground. Comme une nouvelle vague, pas vraiment de fraîcheur, ayant comme seul et unique but de repousser tous les extrêmes. Du cyberpunk craspec aux faux snuffs improbables (la saga Guinea Pig ou les Harakiri), le Japon avait décidé d’étaler ses viscères au grand jour. Ce qui ne donnait pas nécessairement de bons films, mais des ovni particulièrement intéressants. Parmi un des premiers titres à se lancer dans la grande aventure du cracra chaos, il y donc ce métrage de Kazuo Komizu, dont les premières œuvres semblent manifestement introuvables à l’heure qu’il est. Avec la triste réputation qui le précède, on s’attend donc à un déluge de gore tourné sur de vieilles bandes vidéos, filmé sans doute dans un parc à la périphérie de Tokyo. Wrong.

Ce qui frappe très vite, c’est la réalisation de Komizu, très inventive et soignée, comme cette introduction plantant le décor par un montage proche du collage surréaliste, quelque part entre Jess Franco et Hausu. On y voit des photographes et leurs modèles plantureux organiser un shoot sur une colline venteuse, scène bateau assaillie par des flashbacks sexy montrant comment les jeunes filles ont fait l’expérimentation du «métier qui rentre», mais aussi par des successions de regards, des gros plans, des mimiques. Des soupirs muets, ou d’autres très sonores, un corps enduit de crème, une pipe bucolique, des clichés avant et après. Dès lors, on sait que Entrails of a Virgin ne sera pas une simple série z se contentant de remplir le cahier des charges, et va plutôt faire ce qui lui plaît.

Des hommes grimaçants et libidineux, quelques filles affriolantes et sans défense, et hop, toute la smala se paume dans une baraque au milieu d’une forêt brumeuse. L’orgie a bien lieu, mais Japon oblige, les filles sont rarement consentantes et la frontière entre le viol et le coït est très mince, pour ne pas dire inexistante. Malmenée par une prise de catch, une protagoniste se pisse dessus. Plus loin, une autre recrache du sperme alors que son partenaire se débarrasse des poils pubiens coincés entre ses dents après un 69 vertical. Méchante ambiance. Bref, tout ça pour rappeler que Entrails of Virgin a laissé toute forme de bon goût et de politiquement correct au placard. Et encore plus lorsqu’une créature assoiffée de sexe et de sang, tendance ermite crado au sexe démesuré, vient tuer les hommes et s’approprier ces demoiselles.

Outre son atmosphère évoquant le bis italien (jusque dans l’excellente b.o à la Fabio Frizzi), ce spectacle d’un grand raffinement n’hésite pas à transformer ses meurtres en véritable rébus visuel, faisant apparaître des images subliminales n’ayant aucun rapport avec l’action mais créant un langage visuel stimulant et bizarroïde. Très chaos. Entrails of a Virgin ne dément jamais ses intentions, à savoir un film de cul douteux doublé d’un splater très très sale, comme cette scène mythique où une protagoniste devenue folle et nécrophile (ne demandez pas pourquoi) s’accouple avec le monstre des bois. Dans un sauna crapoteux, couverte de sperme et en pleine extase (Moto! Motoooooooooooooo!), elle se verra récompensée d’un fist mortel qui donnera le titre du film. Ravissant. Bien sûr, il faudra encore plein de courage à la final girl, qui acceptera elle aussi son sort dans une dernière image tout droit venue des enfers. Un vrai film dégénéré.

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