[COMMENT ÇA VA, SARAH CHICHE?]

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Écrivaine, psychologue clinicienne et psychanalyste, SARAH CHICHE vient de signer le très chaos Les Enténébrés (Seuil). Elle évoque librement les sujets qui l’inspirent. Et surtout elle nous dit comment ça va.

TEXTE: SARAH CHICHE & PHOTO: HERMANCE TRIAY 

[MOOD] Calme et résolue. Je pars dans quelques heures à Nantes, pour une rencontre organisée par la librairie de Charlotte Desmousseaux, «La vie devant soi», à l’occasion de la parution de mon roman Les enténébrés (Seuil). Dans ma valise: Vénus s’en va de Damien Aubel (inculte).

[EN VRAC] «Corinne Royer, Ce qui nous revient, Actes Sud, paru en janvier 2019.
Un roman puissant qui, à mon avis, ferait un fort joli film. (ami.e du monde merveilleux du cinéma, si tu passes par là, note bien). Deux femmes qui n’étaient pas destinées à se croiser vont tomber l’une sur l’autre. L’une, au soir de sa vie, pédiatre, cardiologue a découvert, des années plus tôt, le gène de la trisomie 21. Mais, avec la complicité de tout le mandarinat médical, un homme l’a dépossédée de ses recherches. L’autre, toute jeune, fait des études de génétique. C’est l’histoire d’une injustice énorme, d’une réhabilitation magnifique, racontée dans une langue poétique et fougueuse. Lisez-le!

Thomas W. Laqueur, Le travail des morts, une histoire culturelle des dépouilles mortelles, Gallimard
«L’histoire du travail des morts est celle de la façon dont ils nous habitent individuellement et collectivement; de la manière dont nous nous les imaginons et dont ils donnent du sens à nos vies et structurent l’espace public, la politique et le temps.» Un travail d’enquête monumental de plus de 900 pages. On se sent plus simple, plus petit, et plus dépouillé en le lisant.

Fernand Khnopff, Le maître de l’énigme, exposition au Petit Palais
Ma dilection pour les histoires de fantômes et de vampires trouve son prolongement dans les tableaux et les photographies de Fernand Khnopff. C’est le grand peintre du rêve, du fantasme et du sommeil. Dans l’enfance, je pouvais passer de longs moments à regarder se paysages ou ses visages de femmes, jusqu’à y plonger et y disparaître entièrement.

Eric Pessan, La connaissance et l’extase, éditions de l’attente.
Eric Pessan écrit comme on combat. J’ai beaucoup d’estime pour son intransigeance. Il a organisé sa vie autour de l’écriture. Il y a bien sûr ses romans, ses essais, ses livres pour la jeunesse ou ses pièces de théâtre dans lesquels, inlassablement, il est au service d’un geste, comme Dom Quichotte, qui fut la matière d’un de ses livres (Quichotte, autoportrait chevaleresque, Fayard), est au service d’une cause. La connaissance et l’extase commence dans un café où l’écrivain tue le temps attendant son train. Tandis que la télévision recrache un flot d’informations où du mal au pire et du pire à l’anodin tout se vaut, commentant de récentes arrestations dans les milieux islamistes, la bouche d’un pilier de bar se fend, s’ouvre, et vomit un petit flot fielleux. La scène est terrible. Car absolument réelle. Vous l’avez sûrement déjà vécue une fois. Cette bouche, du type, là, assis au comptoir, qui tout à coup crache: «Il faut tous les tuer ces faces de rats». Casser la gueule du pauvre type bouffi d’alcool qui a prononcé ces mots? Non, Pessan se pose plutôt la question de savoir comment faire pour aider ce type. «Un type qui veut voir mourir les juifs, les hommes et femmes de gauche et de droite, comme les artistes, les musiciens, les comédiens, les écrivains, les danseurs et les peintres.» Et à travers lui, toutes celles et tous ceux qui par ignorance, par peur, et par bêtise, s’embourbent dans la haine de l’autre. Il y a une extase de la connaissance, et du partage de la connaissance. Celle des nuits trop courtes d’un écrivain qui passe ses semaines à prendre des trains à travers les plaines pour aller raconter, son sac de livres sur le dos, d’ateliers d’écritures en salles de classe, que la littérature est «une joie et une nécessité». Chapeau bas.

Hubert Viel, Louloute et Hirokazu Kore-eda, La vérité.
Impatience particulière à voir ces deux films qui devraient sortir en 2019, pour une raison particulière: ma fille joue dedans.» S.C.

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