Enseveli sous une quantité de bandes bis mémorables (Blue Holocaust, Antropophagous, Caligula 2…), le petit Emmanuelle et Françoise a été curieusement oublié des aficionados, alors qu’il reste sans aucun doute un des meilleurs films de son auteur. C’est même la première percée de Big Joe dans le sexe hard et le gore (hard aussi) avant de faire Laura Gemser sa muse trash.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Malgré le titre très fleuri, Emmanuelle et Françoise n’a rien d’une bluette et n’entretient aucun rapport avec l’héroïne de Emmanuelle Arsan, encore moins avec la Black Emanuelle qui inspira tant d’Amato. Un titre passe-partout, trompeur, léger… pour un rape and revenge bien corsé serré. Rien ne le rattache non plus à la vague des Lasthouseonthelefterie qui vont fleurir en Italie. En réalité, il s’agirait d’un remake d’un très obscur film grec de 1969, connu sous le nom de The Wild Pussycat. Il est évidemment très difficile de savoir ce que doit réellement d’Amato à ce machin perdu dans les abysses…

Pour l’heure, nous avons Françoise, une jolie jeune femme qui a eu le malheur de tomber sur un pervers narcissique abusant d’elle jusqu’au point de non retour: voyeurisme, manipulation, viol, pornographie, infidélité. La petite, dépassée, se jette sous un train. Sa sœur Emmanuelle prend alors le relais et compte bien faire justice à sa façon: après avoir séduite l’horrible bougre, elle le séquestre et l’enferme dans un cachot high-tech, où le vilain ne peut être ni vu, ni entendu. «My house has many doors but no one can see» comme le scande la chanson qui accompagne le strip tease aguicheur censé ouvrir les hostilités. Car Emmanuelle drogue également son prisonnier, provoquant impuissance et démence, qu’elle alimente dans son petit théâtre de la débauche. Coquine!

En voilà donc un objet original et barré dans son genre, avec une vengeance titillant la corde de la frustration, du plaisir et de la folie, plutôt que de la violence expéditive. Entre un pompeur pompé et un threesome lesbien (avec un fond sonore saturé de «chabadabadam» et de «dabidabidoum»), on a droit à l’impensable: un dîner bourgeois où les mains s’égarent sous les tables, où l’on suce des bananes et soudainement, on dévore la chair humaine à pleine dents en poussant des cris de porcs. Avec pénétration à la bouteille de champ’ en bonus. So glam, so soirée de l’ambassadeur.

Sous la défroque du tortionnaire torturé, George Eastman perd sa belle barbe et affiche un visage de grand salaud émacié qu’on ne lui connaissait pas, face à une Rosemarie Lindt gourmande et inépuisable. On aime aussi la b.o insouciante, pop et relevée, joyeusement en contradiction avec les horreurs étalées à l’écran, jusqu’au final impitoyable

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