Après avoir croupi durant quarante ans dans une cellule de prison, l’abominable ZĂ© do CaixĂŁo est libĂ©rĂ©. Jose Mojica Marins revenu des enfers dans les annĂ©es 2000 pour emmerder la censure et niquer la mort. Respect Ă©ternel.

PAR JEREMIE MARCHETTI

LaissĂ© pour mort en 1967, le terrible Coffin Joe Ă©tait aussi bien devenu l’ennemi numĂ©ro 1 de la censure que ZE icĂ´ne populaire brĂ©silienne. Tournant assidĂ»ment dans les annĂ©es 70, Jose Mojica Marins se contente de faire aller et venir son personnage dans des films souvent mĂ©diocres, comme dĂ©possĂ©dĂ© de son feu sacrĂ©. Delirios de um Anormal (1978) est, par exemple, un best-of bien fatiguĂ© de son univers, oĂą JMM semble condamnĂ© Ă  jouer avec son personnage plutĂ´t qu’Ă  enrichir sa mythologie. De la tĂ©lĂ© Ă  la bande-dessinĂ©e, rien n’arrĂŞte Marins ni son alter-ego. La pression se relâche dans les annĂ©es 80 et 90, oĂą Marins versera mĂŞme dans le porno avec le diptyque frappadingue 24 Hours of Explicit Sex / 48 Hours of Hallucinatory Sex (1979-1985) oĂą il ira jusqu’Ă  filmer sa propre opĂ©ration de l’oeil, tel un bon gros Chien Andalou sur le retour.

Durant les annĂ©es 2000, il concrĂ©tise enfin l’idĂ©e de clĂ´turer la trilogie de son personnage ZĂ©. Quarante an plus tard, ça fait beaucoup: l’idĂ©e paraĂ®t saugrenue, caressant l’idĂ©e d’une auto-masturbation cheap et ringarde, qui ne ferait qu’ajouter des rides sur le visage de ZĂ©/JosĂ©. Pas mort, contrairement Ă  ce que laissait entendre la fin du deuxième Ă©pisode (quelle surprise!), le croque-mort maboul a passĂ© une partie de sa vie au mitard, oĂą il continue Ă  terroriser tous ceux qui l’entourent. Le vieillard griffu, grâce Ă  une vice de procĂ©dure et Ă  son serviteur Bruno, retrouve la libertĂ© avec la mĂŞme idĂ©e que dans les annĂ©es 60: trouver la femme parfaite pour engendrer une progĂ©niture Ă  la hauteur de ses espĂ©rances. Mais cette fois, il faut faire vite et s’en donner les moyens: entourĂ© d’un groupuscule Ă  l’Ă©galitĂ© parfaite (deux hommes, deux femmes), capable de le suivre au doigt et Ă  l’oeil, ZĂ© accueille dans sa cave aux horreurs de nombreuses jeunes filles Ă  qui il fera passer de terribles tests et devra se coltiner une armada d’ennemis Ă  ses trousses.

Fort remontĂ©, Papy Marins règle ses comptes aux autoritĂ©s policières et religieuses, qu’il dĂ©crit comme aussi dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es et sadiques que lui. L’urbanisation galopante, la dĂ©linquance, la misère des favelas ou la corruption des puissants: Marins s’est adaptĂ© très fĂ©rocement Ă  son Ă©poque, lĂ  on imaginait un papy grincheux dĂ©passĂ© par les Ă©vĂ©nements. MĂŞme constat pour l’horreur, s’illustrant en vrai capharnaĂĽm: en pleine fiesta torture porn (la saga des Saw avait alors dĂ©butĂ© et tous les excès Ă©taient Ă  nouveau permis dans l’industrie), Marins montre tout ce qu’il ne faut pas avec un catalogue de sĂ©vices apocalyptiques et parfois très clivebarkerien, bĂ©nĂ©ficiant de moyens assez gĂ©nĂ©reux pour ne pas virer film gore tournĂ© au fond du garage. Dans cet authentique Fort Boyaux, cannibalisme, fesse arrachĂ©e, pluie de sang et vermines par paquet vont bon train, jusque dans ce passage hardcore en enfers oĂą le maĂ®tre des lieux roule des pelles Ă  la grande faucheuse sous le regard de crucifiĂ©s dĂ©vorĂ©s crus. Du hardgore moderne et volontiers punk, qui ne nie pas non plus son passĂ©, avec ses spectres en noir et blanc ravivant l’esprit des premiers films. Tout est hargneux et gĂ©nĂ©reux, faisant de cette conclusion inespĂ©rĂ©e l’une des bandes les plus extrĂŞmes des annĂ©es 2000.

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