EL CLUB : Pablo Larrain dans les limbes

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Dans une ville côtière du Chili, des prêtres marginalisés par l’Eglise vivent ensemble dans une maison. C’est le postulat de EL CLUB, le nouveau film du réalisateur chilien Pablo Larrain, Grand Prix à la Berlinale 2015 décerné par Darren Aronofsky et son lumineux jury, disséquant une communauté religieuse déstabilisée par un scandale. Le grand atout de ce long métrage very dark, qui balance le système d’impunité créé par l’Eglise catholique pour couvrir les prêtres ayant commis des horreurs, reste son envoûtante atmosphère de limbes. On a voulu rencontrer le réalisateur chilien pour en savoir plus. 

Pablo, por qué El Club? «L’envie de faire El Club est tout d’abord personnelle. J’ai grandi dans un collège catholique aux côtés de curés qui avaient la foi, qui croyaient en ce qui les animaient et qui se comportaient très bien et d’autres dont j’ai appris plus tard qu’ils étaient prison pour délits sexuels. J’ai appris qu’il existait des curés qui, eux, avaient tout simplement disparu de la circulation. En fait, l’Eglise les cachait dans de charmantes maisons, un peu partout dans le monde. Je me suis rendu compte qu’il en existait partout en Europe. Je me suis dit que je tenais un sujet passionnant» Sans vous en dire davantage sur le développent du film, ni même sur la musique d’Arvo Part, connectée à Dieu par des degrés de séparation, le CHAOS a voulu se focaliser sur l’esthétique très particulière et le climat doucereux de ce film…

«No et El Club, pour prendre les deux derniers films que j’ai réalisé, sont deux films totalement différents. Et comme je ne veux pas me répéter, je veux chercher l’âme de chaque film. Ce dont on se souvient le plus d’un film, en général, c’est de son identité visuelle. A un moment donné, il faut prendre une décision. Avec le chef-opérateur Sergio Armstrong, nous avons décidé que la calligraphie visuelle du film serait en accord avec ce que nous souhaitions raconter, à savoir un film claustro qui se déroulerait dans une maison oppressante mais qui donnerait l’impression d’une prison ouverte. Ainsi, on est face à la mer tout en ressentant ce côté claustro, un peu comme si les personnages étaient face au vide. Il ne suffit pas d’avoir de bons personnages, des moments dans l’histoire qui sont intéressants, il faut un univers, un ton que l’on puisse raconter.» 

«Ce qui me frappe, c’est que les films aujourd’hui se ressemblent tous, visuellement. Avant, quand on réalisait un film en pellicule, on révélait le négatif via un processus chimique avec une eau différente dans chaque pays. Ce qui donnait lieu à une différence visuelle sur le résultat de la texture et l’on pouvait différencier le film en fonction de son pays d’origine. On pouvait dire si le film était italien, français, allemand ou américain. Ce qui n’existe plus, maintenant. La technologie de caméras actuelles provient de Japon, de Taiwan, de Chine. Du coup, il y a une homogénéisation du résultat filmique, de tous les films que l’on voit aujourd’hui. Ça, c’est dommage. C’est pour ça qu’on voulait une identité propre pour El Club. On a eu recours à des objectifs soviétiques anciens, à des filtres et à une lumière naturelle.» 

«On peut distinguer les films de telle ou telle nationalité dans ce que l’on voit plus que dans la manière dont on les créé. C’est difficile de verbaliser mais il y a un look différent entre japonais et allemand. Même dans les films latino-américains entre eux, c’est différent. Ce n’est pas seulement l’eau, c’est vraiment l’utilisation des produits chimiques à une température précise qui est différente. Dans le processus d’un film, on enregistre quelque chose que l’on ne voit pas et que l’on découvre par la suite. La différence, c’est que l’on voit désormais immédiatement ce que l’on filme. Par intermittence, la caméra HD dit même lorsqu’il n’y a pas assez de lumière ou quand il y en a trop. Un système automatique faisant que les films sont tous pareils. Dernièrement, j’étais au Festival du Cinéma de Londres. Juste avant le film, il y a une vidéo de présentation de tous les films présentés dans le cadre de ce festival, on voit deux trois secondes de chaque film et visuellement c’était le même film, pas de changement au niveau du grain.» 

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