Au Chaos, nous Ă©tions particulièrement fans d’une Ă©mission diffusĂ©e de manière alĂ©atoire, Ă  une heure impossible sur ArtĂ© intitulĂ©e Au cĹ“ur de la nuit. Ceux qui la suivaient s’en souviennent fort bien, presque autant que Les nuits de la pleine lune prĂ©sentĂ©es par la regrettĂ©e reine du chaos Lolo Ferrari sur la mĂŞme chaine Ă  la fin des annĂ©es 90.

Le concept de Au cĹ“ur de la nuit Ă©tait simple comme bonjour: deux artistes qui se connaissaient vite fait (ou qui ne se connaissaient pas forcĂ©ment) parcouraient ensemble les rues d’une grande ville dans un esprit hĂ©ritĂ© de Paris Dernière, la fameuse Ă©mission noctambule de Paris Première. Sauf qu’ici, nul besoin de combler les blancs, la surprise comme la mĂ©lancolie pouvaient poindre Ă  des moments inattendus. Ainsi, l’on se souvient des interactions entre BĂ©atrice Dalle et Virginie Despentes, John Landis et Terry Gilliam, Bruce LaBruce et Jorg Buttgereit, Juliette Lewis et Crispin Glover, John Carpenter et Franka Potente, Gaspar NoĂ© et Harmony Korine… qui avaient donnĂ© lieu Ă  de bons moments de tĂ©lĂ©vision. Claire Denis et le Dj Jeff Mills formaient l’un de ces duo, ils se connaissaient un peu mais pas tant que ça: Jeff Mills avait composĂ© l’ouverture de Vendredi soir et contribuĂ© Ă  l’exposition Diaspora au musĂ©e du quai Branly. Aussi, du Centre Pompidou au Parc de la Villette, on suivait leurs pĂ©rĂ©grinations nocturnes avant de s’installer dans un bar pour discuter, avec la poĂ©sie lunaire qui les caractĂ©risait chacun, du cosmos jusqu’au bout de la nuit.

Dix ans après le tournage de cette belle Ă©mission, Claire Denis, peut-ĂŞtre grisĂ©e par cette conversation stellaire avec un pareil toquĂ© des galaxies, rĂ©alise son film dans l’espace, le très attendu High Life, odyssĂ©e existentielle dans laquelle une star (Robert Pattinson, dĂ©cidĂ©ment parfait) joue un condamnĂ© Ă  mort qui donne la vie. Comme on a pu lire via des tweets et des articles – parfois aux Ă©clats – lors de la prĂ©sentation au Festival de Toronto, Bitchy Claire aurait fait vomir et tourner de l’œil certains spectateurs allĂ©chĂ©s par la prĂ©sence de stars comme Robert Pattinson et Juliette Binoche (en danger comme jamais).

Pas un, en revanche, pour affirmer qu’il s’agit du pari de cinĂ©ma le plus fou de son auteur avec Trouble Every Day. Rien de surprenant Ă  ce rideau de fumĂ©e, les rĂ©actions extrĂŞmes qu’a provoquĂ© en son temps son (faux) film de cannibales seront les mĂŞmes avec son (faux) film de science-fiction: soit on admire, soit on s’Ă©nerve; dans les deux cas de plus en plus. Mais lorsque ce cher Vincent Maraval nous assurait mordicus au dĂ©tour d’une conversation que le rĂ©sultat se situait vraiment très haut sur l’Ă©chelle du Chaos, force est de constater qu’il avait raison tant ouvrir la bonne porte par laquelle entrer dans ce film n’est pas toujours chose Ă©vidente – but Claire doesn’t care que ce ne soit pas Ă©vident et elle a bien raison.

CHAOS

PS Ă  nos amis d’ArtĂ©: sĂ©rieusement, oĂą en ĂŞtes-vous avec cette Ă©mission? Quid d’une rencontre Yann Gonzalez-Bertrand Mandico ou notre ValĂ©rie-Michel Ciment?

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