Dans deux mois exactement, soit le 1er décembre, la Rédaction remettra as usual sa Palme du Chaos, récompensant l’objet filmé le plus chaos de l’année. Comme l’ancien site n’est plus disponible, on vous récapitule les précédents prix: en 2017, Twin Peaks: The Return, l’immense série de David Lynch l’avait remportée dans une unanimité flamboyante (coiffant au poteau notre pourtant très chouchou Un jour dans la vie de Billy Lynn de Ang Lee); en 2016, la performance zinzin de Zaza dans Elle de Paul Verhoeven avait intégralement justifié ce prix; en 2015, Mad Max: Fury Road avait terrassé toute la concurrence (notre ami Gérard Delorme parlait alors d’un des plus grands films vus au monde) et en 2014, Nymphomaniac de Lars Von Trier s’imposait comme l’un des films les plus libres de ces dix dernières années. Alors qui glanera la Palme chaos en 2018? Réponse dans deux mois, nous n’avons sincèrement pas l’ombre d’une idée même si, il est vrai, The House That Jack Built, nouveau LVT et notre film du mois d’octobre 2018, pourrait y prétendre tant tout sonne chaos dedans.

Après, qu’il gagne la Palme du chaos ou pas, Lars s’en fout. 2018 reste sa victoire. Non seulement parce que, pour notre plus grand bonheur, il n’est plus persona non grata au Festival de Cannes, sept ans après sa calamiteuse conférence de presse pour son chef-d’oeuvre de Mélancholia. Mais surtout parce qu’il a merveilleusement traumatisé les festivaliers avec son portrait d’un tueur en série (Matt Dillon). Casseur d’ambiance comme on aime, Von Trier, plus Lars que jamais, a par ailleurs fait savoir qu’il n’avait pas du tout pris son pied en réalisant cette autopsie (« Ça a été terrible la création de ce film. Ce n’est la faute de personne, c’est ma faute. J’avais plein d’angoisses, des problèmes d’alcool… » a-t-il déclaré dans une interview au magazine Soundvenue), à tel point qu’il souhaitait, aux dernières nouvelles, arrêter la réalisation de long et se consacrer aux courts métrages expérimentaux. Filez donc au cinéma le soutenir.

On a envie de dire, et de re-dire, à ce cher Lars qu’il doit absolument continuer à filmer la monstruosité humaine, le monde en proie aux forces du mal, l’horreur du monde. Que cette sombre vision du monde est nécessaire à une époque où les films adultes deviennent denrée rare. Et lorsque nous serons définitivement ensevelis sous les super-productions hollywoodiennes uniformes, nous ressortirons, imperturbables, cette phrase de Pier Paolo Pasolini qui donne envie d’éteindre le soleil avec Sade: «Scandaliser est un droit. Être scandalisé, un plaisir. Quiconque refuse le plaisir d’être scandalisé est un blême moraliste.» Ne l’oubliez jamais.

CHAOS

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