Antony Wong, maître du chaos. L’une des meilleures categories III avec The Untold Story.

PAR PAIMON FOX

Ebola Syndrome a été réalisé à la fin des années 90 au moment où le cinéma HK bat de son plein cœur cinéphile et que les catégories III ont le vent en poupe. Herman Yau Lai-to reprend, et prolonge, tous les ingrédients marquants de Untold Story avec le même argument principal : Anthony Wong. Il suffit au spectateur de regarder cinq minutes de ce film pour se faire une idée de sa capacité émotionnelle à endurer de telles images. Soyons clairs : Ebola Syndrome n’est pas un précipité crapoteux qui joue la carte du vérisme ou un énième avatar des Face à la mort ou de Camp 731. Il s’agit juste d’une comédie irresponsable et très glauque qui prend le parti de tourner en dérision des choses horribles. En d’autres termes, Ebola Syndrome ferait passer un film de Takashi Miike pour une bouillie puérile pour ados mal dégrossis parce qu’on y voit tout ce qui est usuellement éludé ou suggéré au cinéma : des animaux découpés en gros plan (grenouilles, poulets…) à des comportements tout sauf politiquement corrects (une gamine badigeonnée d’essence pour être cramée). Cela nous ramène au fameux conflit de John Waters qui a sans doute dû voir le film et l’apprécier : la frontière entre le bon mauvais goût et le mauvais mauvais goût. Quant à l’odorama, ce n’est plus la peine puisque la mise en scène nous donne à voir et ses effets nous font ressentir ce qu’on pourrait appeler la grande poubelle intérieure du protagoniste (un plan subjectif dans sa bouche est à ce titre marquant). Son odeur nauséabonde colle au film d’un bout à l’autre.

Le pré-générique résonne comme une mise en garde à ceux qui oseraient tenter l’aventure. A-Kai (Anthony Wong), gangster exécrable, zigouille son boss qui l’a surpris en train de baiser sa femme. Unique survivante du carnage, une gamine, effrayée et marquée à vie, échappe in extremis des griffes du vilain Anthony. Dix ans plus tard, la fillette a grandi et A-Kai est devenu serveur payé à la sauvette dans un restau de Johannesburg qui ne connaît sensiblement pas le mot hygiène. Changement de cadre : l’ancien gangster part avec son nouveau patron chercher des cochons dans un village Zulu, assiste à des rites vaudous, s’engueule sévèrement avec son semblable… Alors qu’il errait gentiment au bord d’une rivière, il croise une autochtone topless atteinte du virus Ebola qu’il viole. C’est le début de la fin.

Sur le papier, le film présente une vision si atroce de l’humanité qu’on serait tenté de fuir. A l’écran, le résultat se contrefout royalement des tabous et des valeurs et rigole de ses transgressions jusqu’au cannibalisme. Alors que certaines exégèses sont encore en train de se demander si tout ceci n’est pas une métaphore sur le SIDA, d’autres préfèrent prendre cette histoire de zozos au millième degré. Et, en effet, il est préférable de laisser ses élans humanistes au vestiaire et de succomber sans rechigner à la surenchère cradingue de ce film qui n’a honte de rien, pas même de susciter de vilains relents chez le spectateur.

Osons : Ebola Syndrome s’impose presque comme une parodie volontaire d’Alerte! de Wolfgang Petersen que ce soit dans le sujet ou les scènes finales… Quand un individu est armé de trop mauvaises intentions, il se pourrait qu’il contamine son entourage par son odeur pestilentielle. Ebola Syndrome ne parle que de ça : de la pourriture humaine, d’une humanité en perte de vitesse, d’individus cramés jusqu’à l’os qui n’ont plus une once d’humanité. Et il n’y avait qu’Anthony Wong, avec son physique particulier et sa propension à jouer des rôles extrêmes, pour incarner une ordure pareille. Pour faire un état des lieux, l’acteur est considéré comme l’un des meilleurs acteurs de l’ex-colonie et demeure célèbre pour être le spécialiste ès-catégorie III (Erotic Ghost Story 2, de Peter Ngor). Les cinéphiles les plus sourcilleux souligneront ses rôles dans A toute épreuve, de John Woo, Full Contact de Ringo Lam, Time and Tide, de Tsui Hark ou Infernal Affairs, de Andrew Lau et Alan Mak. Pour tout ceux qui aimeraient découvrir la filmo de cet acteur d’exception, Ebola Syndrome constitue une sorte de passage obligatoire tant l’acteur trouve ici sans conteste l’un de ses rôles les plus démentiels en vermine infectée allant jusqu’à cracher sur les gens pour qu’ils soient contaminés.

Le passage le plus drôle du film est également le plus ironique : lorsqu’on apprend qu’une personne sur dix millions sera immunisée contre le virus après avoir été contaminée. Elle n’en sera pas moins porteuse et dangereuse pour autrui. Et la personne en question, c’est lui. Qu’il s’agisse de se masturber dans la viande pour la remettre aussitôt dans la chambre froide du restau ou de zigouiller la femme de son boss en morceaux (les bras nous en tombent), notre homme sait manier le hachoir avec dextérité et n’a rien à carrer des autres bipèdes. Avec le recul, si le monstre Wong bouffe les autres acteurs, il n’en demeure pas moins que les personnages secondaires ne valent pas mieux dans leur médiocrité et sont dessinés de manière si outrancière qu’ils deviennent vite des caricatures ambulantes. Tous sont uniformément affreux, sales et méchants. Inutile de fait de chercher un quelconque espoir.

L’expérience vaut le détour ne serait-ce que pour vérifier ses propres limites (peut-on rire de tout ?). Selon Yau, la réponse est oui et il nous délivre la plus périlleuse des démonstrations.

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