De la science-fiction aux mondes post-apocalyptiques en passant par le film de zombies ou catastrophe, les virus au cinéma ont brassé un grand nombre de genres. Un style qui a permis a de nombreux cinéastes de s’essayer au suspense et à la terreur, dans des films à la qualité forcément inégale. La maladie, la contagion sont des thèmes aptes à accrocher les spectateurs à leur siège et constituent un exutoire à des peurs bien réelles. Surtout qu’entre la peste, Ebola, la grippe aviaire, H1N1 et désormais “nouveau Coronavirus”, les motifs d’inquiétude au fil du temps ont été prompts à affoler les foules.

Cela peut sembler surprenant mais le grand Elia Kazan semble se poser en précurseur du genre avec un très bon film noir, Panique dans la rue (1950), dans lequel des malfaiteurs atteints de la peste pulmonaire risquent de propager le virus dans toute La Nouvelle Orléans. Baigné dans un magnifique noir et blanc, le long-métrage de Kazan offre un suspense taillé au cordeau emmené par l’interprétation des immenses Richard Widmark et Jack Palance. Ici, la menace vient de l’extérieur, de l’étranger, dans la mesure où la peste est amenée par un immigré clandestin. Elia Kazan distille avec brio l’angoisse du risque d’une contamination à grande échelle dans une Amérique alors en pleine guerre Froide.

En 1973, c’est George A. Romero qui frappe un grand coup avec La nuit des fous-vivants qui décrit la mise en quarantaine d’une petite ville américaine en proie au Trixie, un terrible virus transformant ses victimes en assassins ultra dangereux. Plus que les infectés eux-mêmes, ce sont les moyens mis en œuvre par les autorités pour gérer la crise qui intéressent Romero. Des moyens drastiques et oppressants qui révoltent une partie des habitants de la ville. Dans une ambiguité et une ironie dont le cinéaste a le secret, les militaires finissent par faire aussi peur que les contaminés ! A l’instar du Jour des morts-vivants, Romero utilise le genre comme parabole sociale et en profite pour signer un film puissamment antimilitariste, un aspect que son récent remake, aussi sympathique soit-il, a d’ailleurs escamoté…

Lorsqu’on examine la grande majorité des œuvres mettant en scène des virus ou des maladies contagieuses, il est facile de s’apercevoir qu’elles s’inscrivent la plupart du temps dans une veine fantastique, la principale incarnation du contaminé étant placé dans la figure désormais mythique du zombie. Popularisés par George A. Romero (alors que son Dawn of the Dead ne mentionne jamais l’existence d’un quelconque virus), les zombies incarnent la maladie dans ce qu’elle a de plus aboutie. Une maladie destructrice et hautement contagieuse, puisqu’une seule morsure suffit à rejoindre la masse lancinante et décharnée de ces êtres déshumanisés. L’humanité en voie d’extinction? C’est bien sûr cette angoisse que surfent ces longs-métrages prompts à décrire le comportement d’hommes tentant tant bien que mal de survivre face à l’impensable. Le plus habile dans l’art de mixer fantastique et réalisme a été sans conteste 28 jours plus tard. Véritable film d’«infectés» au sens propre du terme, le long-métrage de Danny Boyle plonge le spectateur dans un univers menaçant où une terrible épidémie s’est propagée à vitesse grand V, jusqu’à transformer Londres en no-man’s land. Flippante à souhait, la situation décrite dans 28 jours plus tard est non seulement renforcée par des personnages attachants pour lesquels on a beaucoup d’empathie, mais aussi et surtout par un virus ultra efficace où la moindre de goutte de sang peut être mortellement dangereuse…

Bref, le long-métrage de Boyle – sans oublier son excellente suite 28 semaines plus tard – a véritablement donné un second souffle à un genre finalement pas si répandu qu’on pourrait le croire. Seuls quelques films dans les années 1990 peuvent prétendre y appartenir. Impossible de ne pas citer Alerte de Wolfgang Petersen (1994), honnête film-catastrophe hollywoodien dans lequel Dustin Hoffman tente d’éradiquer une pandémie directement inspirée d’Ebola, qui se transmet à une vitesse vertigineuse. Point de zombies ici mais un virus ravageur faisant périr ses victimes dans d’atroces souffrantes. Si le traitement réaliste d’Alerte fait froid dans le dos (la maladie se transmet comme une simple grippe), il faut reconnaître que son résultat cinématographique demeure bien plus pauvre. Et ce n’est pas son casting prestigieux qui peut sauver un scénario longuet et prévisible ainsi qu’une mise en scène mollassonne. Plus intéressant mais à ne pas mettre devant tous les yeux, Ebola Syndrome d’Herman Yau, le pape de la category 3 hong-kongaise. Un film d’une violence hallucinante où un psychopathe violeur et meurtrier porteur du virus Ebola s’amuse à le transmettre en crachant sur les passants croisés au coin de la rue… Taré, provocateur, trash et nihiliste, le long-métrage de Yau franchit tellement la limite du bon goût qu’il en devient drôle.

Depuis le succès rencontré par 28 jours plus tard, de nombreux cinéastes ont emboîté le pas à Danny Boyle. Citons pêle-mêle Cabin Fever, REC, Je suis une légende, Planète terreur… Les années 2000 ont en effet engendré bon nombre d’ersatz de films de virus finalement prétextes à mettre en scène des œuvres horrifiques de plus ou moins bonne facture. A chaque fois, mutants et autres zombies sont de la partie pour un résultat souvent divertissant à défaut d’être vraiment original. Vu la pandémie actuelle du coronavirus, la réalité devrait dépasser la fiction. L’exception notable vient de Steven Soderbergh, le cinéaste qui tourne plus vite que son ombre, qui s’est attaqué au film catastrophe avec Contagion en s’inspirant clairement de l’actualité d’alors. En l’occurrence, de la grippe A(H1N1). C’est exactement la même infection par un virus qui résulte de phénomènes de recombinaisons à partir de virus de porc, humain et aviaire, et qui se transmet d’homme à homme. Soderbergh en tire également son film de «fin du monde» – c’est tendance – en écho à des préoccupations très contemporaines même si sa version est plus audacieuse et moins nihiliste. Le premier quart d’heure fait idéalement monter la tension en multipliant les points géographiques afin de résumer l’ampleur d’une épidémie qui se transmet aussi bien par la voie aérienne (la dissémination dans l’air du virus par la toux, l’éternuement, les postillons) que le contact rapproché avec une personne infecté (il suffit de lui serrer la main). Depuis le Coronavirus en 2020, le public s’est jeté en masse sur le film de Steven Soderbergh, qui connait du coup un succès surprenant depuis fin janvier: il s’est hissé dans le top 10 des films les plus téléchargés sur iTunes, ainsi que dans la catégorie des longs-métrages les plus populaires sur Netflix. Certains ont souligné les similitudes entre Contagion et la situation actuelle: le virus MEV-1 naît d’une contamination de l’humain par l’animal dans un marché chinois…

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