[DOUBLE VUE] Mark Peploe, 1991

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Fanny Ardant aveugle et un enfant persuadĂ© qu’un tueur en sĂ©rie rĂ´de : quoi de plus chaos qu’un film d’horreur rĂ©alisĂ© avec une Ă©lĂ©gance suprĂŞme par un rĂ©alisateur qui n’en a rien Ă  secouer des films d’horreur? On aime.

PAR PAIMON FOX

Londres, en plein Ă©tĂ©. Lucas, 11 ans, vit avec sa mère aveugle (Fanny Ardant) et craint de perdre la vue comme sa mère. Son père, inspecteur de police et tente d’identifier un mystĂ©rieux tueur qui attaque des aveugles avec un rasoir dans le quartier. DĂ©cidĂ© Ă  protĂ©ger sa mère, Lucas mène sa propre enquĂŞte, de jour comme de nuit, et soupçonne tous les hommes qu’il croise. Lorsqu’il identifie l’assassin, il n’est pas au bout de ses surprises.

Autant le dire tout de suite : il y a dans Double Vue un vertigineux changement de point de vue Ă  mi-parcours qui provoque (forcĂ©ment…) un retournement de situation inattendu (sauf pour les petits malins) et redistribue astucieusement les cartes. Au grand jeu de savoir qui est l’assassin, le spectateur est pris au piège car rien n’est ce qui semble ĂŞtre. Cette construction cĂ©rĂ©brale peut dĂ©router les esprits cartĂ©siens (en thĂ©orie, ils ne trainent pas trop par ici), mais elle porte ses fruits car, mĂŞme si l’on en sait plus sur les agissements du tueur, l’angoisse ne faiblit pas. Au contraire, elle est amplifiĂ©e par le fait que l’on ne sait pas ce qui nous attend au dĂ©tour du plan suivant. Ce ne sera donc pas un scoop si l’on vous dit qu’il y a deux films en un dans Double Vue, dont le titre français pour une fois bien choisi (Afraid Of The Dark pour le titre US) renvoie Ă  la cĂ©citĂ© des personnages – la mère aveugle et la perte de vue progressive de l’enfant – et Ă  la structure hybride du rĂ©cit.

Passé cet effet de surprise qui réclame un degré d’implication et de concentration supplémentaire, c’est une question d’équilibre : on peut autant considérer Double Vue comme un drame humain assez poignant sur la peur secrète d’un enfant effrayé par le monde des adultes et face à l’avenir que comme un film d’horreur intelligemment écrit, ultra-efficace et économe d’effets, signé par un cinéaste qui ne connaît aucun classique, ne se livre à aucune citation. Bizarre et ludique, ce film marche mieux que les produits informes du tout-venant, parvenant à instiller un tenace climat de malaise et à nous empoigner avec une féroce détermination. Il porte l’identité de son auteur. Ce sont ses idées à lui, bien perverses, et il les a sans doute trouvés au contact de ceux avec lesquels il a travaillé en tant que scénariste (Demy, Antonioni, Bertolucci) tout en restant au niveau de son jeune protagoniste, se fantasmant super-héros. Le schéma binaire laisse vite la place à des nuances. Tout est lié même si les liens sont légers.

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