Avant Donnie Darko, Richard Kelly n’était qu’un jeune diplômé en production cinéma de l’University of Southern California (USC), auteur de deux courts-métrages, The Goodbye placerécompensé au Virginia Film Festival et Visceral matter, qui préfiguraient sa prédilection pour les atmosphères étranges. A 26 ans, il a réalisé un premier long-métrage exceptionnel qui a connu un succès tardif – plus affirmé en DVD que dans les salles. Autre particularité : il est sorti aux Etats-Unis juste après les attentats du 11 Septembre: « Le film a été perçu différemment après le 11 septembre, d’une façon plus profane. Mais je crois que c’est le cas de tout film qui traite d’émotions profondes, de religion, de destin ou de fatalité. »

Le film est né de cette idée d’un réacteur qui tombe de nulle part. De là, le conte sur le passage à l’âge adulte. En surface, le résultat évoque un mélange de la noirceur d’Alan Ball et de la séduction plastique de David Lynch. Mais ce ne sont que les apparences. Cette histoire de super-héros qui s’ignore (Jake Gyllenhaal, alors inconnu), persuadé que la fin du monde a lieu dans vingt-huit jours, devient une plongée dans le quotidien de personnages qui tentent de véhiculer une image rassurante alors qu’en réalité, ce sont des monstres. Le plus bel exemple, c’est le prédicateur Jim Cunningham (incarné par feu Patrick Swayze) qui donne l’image d’un moralisateur exemplaire alors qu’il possède dans sa cave des vidéos à caractère pédophile: « Patrick était une icone des années 80. Quand on lui a proposé le rôle (celui d’un prédicateur bidon), il n’a pas hésité une seconde à casser son image. Ça en dit long sur son sens de l’humour et sa volonté de prendre des risques. »
Ce qui est impressionnant dans Donnie Darko, outre la capacité de Kelly à maîtriser la densité du script, c’est la maturité du propos : « J’ai écrit le script de Donnie Darko avant d’avoir vu Magnolia , mais je ne peux pas nier l’influence majeure qu’il a exercée sur moi. À mon avis, c’est un des films les plus importants des années 90. La dextérité avec laquelle Paul Thomas Anderson raconte une histoire aussi épique avec des moments aussi intimes est monumentale. » Il y a aussi un mal-être, une ambiance morose, déprimante, surlignée par la bande-son magique de Michael Andrews. Il y a aussi une dimension fantastique discrète qui lorgne vers la science-fiction, qui triture les codes des paradoxes spatio-temporels (le réacteur d’avion dans lequel sont la mère et la fille qui se retrouve, vingt-huit jours plus tôt, dans la chambre du héros). Très proche de Ghost World, de Terry Zwigoff (le vieil homme énigmatique assis sur un banc attendant un bus qui ne vient pas ressemble au personnage de « Grand-mère-la-mort »), Donnie Darko est un film faussement doux et léger sur le sacrifice d’un adolescent trop intelligent qui n’arrive pas à trouver sa voie dans une société rongée par l’uniformité.

L’action se déroule à la fin des années 80 et à l’époque, Richard Kelly n’était qu’un Donnie Darko : les étudiants portaient les mêmes uniformes, les lapins géants venaient hanter les nuits, les enfants créaient des groupes de danse, les ados se déguisaient pendant les fêtes d’Halloween, les vieilles femmes attendaient du courrier dans leurs boîtes aux lettres vides, les prédicateurs tentaient d’inculquer des valeurs patraques, les Duran Duran et autres Tears for Fears cartonnaient au hit-parade, les cinémas proposaient en double-programme La dernière tentation du Christ et Evil Dead, et le spleen des doux rêveurs désabusés, ceux qui avaient peur de mourir le lendemain, se propageait comme un incendie.

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