Le 12 juin, Richard Kelly, réalisateur du très culte Donnie Darko, était avec ses fans parisiens pour deviser de son film, sa genèse, son tournage, mais aussi de ses projets.

PAR MARC GODIN

Richard Kelly dit des trucs comme: «J’avais tellement peur de mourir seul et fauché. J’ai donc écrit du mieux que je pouvais le script de Donnie Darko. Et je suis là aujourd’hui.» Nous sommes au Forum des images, dans une salle bourrée à craquer. Panic ! X Chroma organise une soirée prestige : la projo de Donnie Darko en présence de Richard Kelly. Sur scène, de gentils YouTubeurs balancent des vannes à des spectateurs déjà conquis, mais la vedette, c’est Kelly. Sanglé dans un pantalon et un T. shirt noirs, bras musculeux, cheveux courts, Kelly, 44 ans, ne semble pas vraiment à l’aise sur scène. Il se dodeline, se tient sur une jambe, fait des effets de manche, envoie des punchlines boiteuses qu’il a dû répéter 8000 fois lors de conventions de geeks et autres Comic Con. Il est célébré comme une rock star par le public en délire, ce qui est plutôt ironique car Kelly, blacklisté à Hollywood, n’a rien tourné depuis… dix ans, date de sortie de The Box.

Petit retour en arrière. A 22 ans, Richard Kelly Ă©crit puis rĂ©alise en 28 jours un vĂ©ritable ovni, un miracle foisonnant, hallucinant, nihiliste, oĂą il est question de voyage dans le temps, d’adolescence et de lapin gĂ©ant. Si le hĂ©ros se demande si c’est lui ou le monde qui l’entoure qui a perdu la tĂŞte, le spectateur se noie quant Ă  lui dans une atmosphère envoĂ»tante, hypnotique, entre David Lynch et L’AttrapecĹ“urs de Salinger. InterprĂ©tĂ© par une plĂ©iade d’excellents seconds rĂ´les, dont Noah Wyle, Drew Barrymore, la productrice du film, Seth Rogen, Katharine Ross ou encore Patrick Swayze, Ă©patant en gourou pĂ©dophile, Donnie Darko, avec sa BO plaquĂ© or (notamment Echo and the Bunnymen, Joy Division la reprise de «MadWorld» de Tears for Fears), vous hante (très) longtemps après sa projection. Et fonctionne toujours près de 20 ans après la sortie, notamment grâce Ă  la performance autiste-psycho-ado du dĂ©butant Jake Gyllenhall.

«À l’origine, c’est Jason Schwartzman qui devait jouer le rôle de Donnie. Il a dû abandonner juste avant le tournage pour des problèmes de planning et avec Jake Gyllenhall, cela a été le coup de foudre au premier coup d’œil. Je remercie donc Jason pour ma carrière! L’autre personne qui a eu un rôle clé, c’est Drew Barrymore qui a financé ce film de 4, 5 millions de dollars avec sa partenaire en production Nancy Juvonen. Elles ont sauvé le film, que dieu bénisse ces deux femmes.»

Le sens de Donnie Darko

«Donnie est un super-hĂ©ros et il accepte de mourir, car il sait qu’il y a autre chose après. Je ne peux vous en dire plus. Mais je pourrais me tromper…»

La musique

«J’avais beaucoup de Tears et pas mal de Fears, j’avais l’écho d’un homme lapin (Echoand the Bunnymen, Kelly fait de l’humour intraduisible, NDR). Je n’ai pris que des chansons d’artistes britanniques et ils ont été très généreux. Ils nous ont laissé utiliser leurs œuvres pour des sommes ridicules. Dans mes trois films, la musique est ce qui m’arrive en premier pour au moins trois séquences. Je choisis les chansons dès l’écriture, ce qui permet de chorégraphier l’ensemble comme pour une comédie musicale. Pour Donnie, j’étais amoureux de trois chansons. Nous ne pouvions en acheter qu’une! Pour les deux autres, nous avons chorégraphié les séquences, nous les avons tournées avec la musique et nous avons ensuite envoyé les rushs aux groupes en les suppliant. Les producteurs n’aiment pas ça du tout, car ça ne marche pas toujours, notamment avec les Pet Shop Boys qui voulaient 200 000 $ pour leur chanson! Nous avons donc remplacé leur chanson par Duran Duran. Les deux autres groupes, notamment Tears for Fears, ont été très cools. On a intégré la chanson Mad World, par Michael Andrews et Gary Jules, au dernier moment. C’est une chanson qu’ils jouaient dans les bars de San Diego. Ils l’ont enregistrée en deux heures et elle s’intègre parfaitement dans le film, c’est juste un de ces moments magiques.»

La suite de Donnie Darko

«J’ai perdu les droits de Donnie Darko à 24 ans, quand j’ai signé le contrat pour réaliser le film. C’est comme ça. Mais je préfèrerais boire de l’acide chlorhydrique plutôt que de voir cette suite. Il y aura peut-être un jour une extension de l’univers Donnie Darko. Si cela arrive, j’aimerais que cela soit fait de façon intelligente. J’essaie de protéger cette propriété intellectuelle. Mais rien ne sortira si le projet n’est pas bon ou absolument nécessaire.»

Projets

«J’ai des tas de scripts, d’histoires dans mes tiroirs et de projets sur lesquels je bosse simultanément. Je ne sais pas lequel va s’enclencher en premier mais j’espère qu’il y a aura en effet boule de neige.»

Merci à Panic ! X Chroma et à Yann Olejarz. Donnie Darko ressort le 24 juillet dans ses deux versions, avec une nouvelle restauration 4K. Etats-Unis, 2001 Scénario : Richard Kelly Avec : Jake Gyllenhaal (Donnie Darko), Mary McDonnell (Rose Darko), Katharine Ross (le Dr Thurman), Drew Barrymore (Karen Pomeroy), Patrick Swayze (Jim Cunningham)

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