Le roughies, ou la porte noire du porno. Bienvenue dans les pornos plus X que le X de Shaun Costello.

PAR JÉRÉMIE MARCHETTI

Dans la dĂ©ferlante porno des 70’s, le roughies fut un sous-genre consacrĂ© Ă  l’anti-glam, peut-ĂȘtre mĂȘme Ă  l’anti-plaisir, laissant place Ă  de nombreuses pratiques sadomasochistes, mais surtout Ă  des mises en scĂšnes de tortures ou de viols qui ne visent certainement pas le branleur lambda. La sociĂ©tĂ© Avon Productions s’était fait une spĂ©cialitĂ© de ces pornos dĂ©viants, mettant trĂšs souvent Ă  la barre ce dĂ©glinguĂ© de Shaun Costello, Ă  qui l’on doit les Ă©prouvants Forced Entry (avec son vĂ©tĂ©ran du Vietnam tuant et violant Ă  la chaĂźne) et Water-Power (ode glauque au lavement). Bref que de la joie.

En ce qui concerne la case SM, il faut avouer que d’excellents titres comme The Defiance of Good ou Story of Joanna font bien pĂąle figure en comparaison des productions Avon, Ă  l’emballage bien plus pauvre, mais nettement plus extrĂȘmes dans leurs pratiques. Un des exemples les plus frappants serait ce Dominatrix Without Mercy (quel beau titre non ?), qui hĂ©site constamment entre le cul lĂ©ger et le cuir lourd. Les dĂ©cors, le rĂ©cit et la photo importent peu, et il faut juste satisfaire (?) le spectateur pas franchement venu lĂ  pour tricoter. Loin de la violence extrĂȘme de The Taming of Rebecca, les premiĂšres scĂšnes de Dominatrix Without Mercy voit la fĂ©line Marlene Willoughby jouer Ă  la Belle de jour : elle tombe ainsi sur une annonce allĂ©chante, promettant 1000$ par semaine pour dominer des messieurs trĂšs enclins Ă  ramper sur le tapis. Madame l’accueille et lui apprend les ficelles du mĂ©tier, alors que pendant ce temps, d’autres filles s’activent. À peine regardant sur son intrigue, Costello ne finira que ce qu’il a commencĂ© en fin de mĂ©trage, lorsque Marlene pourra humilier Ă  loisir aprĂšs avoir suivi les conseils – et les courbes – de sa tutrice.

Au milieu, un segment trĂšs bref, mais fort marquant, oĂč l’angĂ©lique Terry Hall soumet un client obĂ©issant, inversant les rĂŽles du Story of Joanna oĂč elle se trouvait en tĂȘte d’affiche. Alors que monsieur est sommĂ© d’aboyer pendant un cunnilingus et qu’on assiste Ă  une branlette espagnole sur fond de reprise molle de I Want you back (!!), le bordel fait entrer deux clients particuliĂšrement sadiques dans une autre piĂšce. Ailleurs, et sans qu’on comprenne vraiment pourquoi, une autre prostituĂ©e (?) est prise en sandwich par deux hommes trĂšs dominateurs. Dominatrix Without Mercy, titre un poil mensonger ? Un peu oui. Car si on compte quelques scĂšnes de domination fĂ©minine, 50 % du mĂ©trage est occupĂ© par des segments oĂč des hommes violentent sans rĂ©pits les femmes pour qui ils ont payĂ©. Et on ne fait pas dans la dentelle : on sort les cordes, les pinces Ă  tĂ©tons, les ceintures, les laisses, les cravaches…et mĂȘme une banane, pĂ©nĂ©trant alors Vanessa Del Rio avant d’ĂȘtre dĂ©coupĂ©e au fur et Ă  mesure dans un geste menaçant. Terrain glissant, oĂč on ne sait plus ce qui est contrĂŽlĂ© ou pas et oĂč la simulation commence. Les derniĂšres scĂšnes reviennent sur Marlene, redonnent le fouet Ă  la gente fĂ©minine, saucissonnant les mĂąles pour mieux les couvrir de pisse. LibĂ©rĂ©e, dĂ©livrĂ©e, l’élĂšve a alors dĂ©passĂ© la maĂźtresse.