Toujours pas de date de sortie pour la drama-comédie SM Dogs don’t wear pants, présentée à la Quinzaine 2019 et dans quelques chanceux festivals depuis. Merci l’Institut finlandais et le Reflet Médicis pour cette belle découverte, qui mérite mieux qu’un quelconque étalage Netflix en guise d’exposition. Exploitants de tous les pays, manifestez-vous!

Incapable de surmonter la mort de sa femme survenue après une noyade, Juha est un chirurgien qui vit dans un repli quasi autistique depuis 10 ans. Il éduque seul sa fille en pleine adolescence. Alors qu’il l’accompagne au salon de piercing, il tombe par hasard sur Mona, une dominatrice SM. Notre héros à la vie rangée prend vite goût à ces pratiques peu catholiques: à mesure qu’il retourne voir Mona, ses proches et collègues s’inquiètent de sa détérioration physique de plus en plus apparente…

Il est des grands films SM qui préfèrent, pour paraphraser le réalisateur J-P Valkeapää, «filmer des regards que des fesses». Voilà qui distingue ce film-là de tout un tas de longs carburant uniquement à l’épate et à la surenchère ostentatoire: malgré tous ses effets de style, ou plutôt grâce à eux, Dogs don’t wear pants est un film mental porté par une élégance folle qui aurait pour projet de nous faire plonger non pas dans un monde fantastique, mais dans un monde quotidien où on ne reconnaîtrait plus les éléments du quotidien justement. Ce que la déchéance physique de Juha traduit bien: comment se fait-il que ce médecin à la réputation irréprochable gagne chaque semaine le cabinet avec une nouvelle séquelle physique ou un membre en moins?

Deux mondes étanches se contaminent dans Dogs don’t wear pants, Juha servant en fait à faire la navette: d’un côté, l’intérieur lumineux, propret et mathématique du diurne (l’estampille «design scandinave» n’est évidemment pas étrangère à tout ça); de l’autre côté du rideau, un underworld nocturne où sévissent les pulsions d’ordinaire réprimées. Juha ne cesse de faire des allers-retours, partageant sa vie entre sa fille ado – nettement moins en crise que son pervers de père, sa petite déviance perso se limitant à son véganisme – et sa dominatrice Mona, pas vraiment à l’aise avec les sentiments. Entre les deux, un chirurgien sadisé qui ne pourra pas garder ses petits secrets très longtemps: faut voir dans quel état il se lève chaque matin, et comment il peine à trouver des arguments rationnels pour expliquer sa dent en moins ou sa collerette vétérinaire.

C’est dans ces moments absurdes que le film puise un humour noir jamais goguenard, auquel vous pouvez ajouter quelques scènes choc lorgnant vers le torture porn (vous ne vous couperez plus les ongles de la même façon). Dogs don’t wear pants peut rappeler une satire sociale façon The Square, avec cela dit des sabots beaucoup moins gros, mais loin de nous l’envie de vous faire fuir (on sait que les détracteurs de Ruben Östlund sont nombreux): à défaut d’aller voir le film, vous pouvez déjà commencer à en parler autour de vous, et espérer que des oreilles professionnelles vous écoutent…

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