Des visions du cinéma du futur en réalité virtuelle

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De plus en plus de films en réalité virtuelle donnent à voir des visions possibles d’un cinéma du futur. Pour l’heure, l’industrie du porno est la seule à ce stade à faire des bénéfices grâce à cette technologie.

“Pouvez-vous distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas?”, demande Tilda Swinton alors que la pièce se désintègre en millions de pixels. L’actrice britannique s’est, elle aussi, convertie au monde de la réalité virtuelle, en passe de devenir un média au potentiel à la fois incroyable et déconcertant. Elle est la narratrice de Goliath: Playing With Reality, réalisé par Barry Gene Murphy et May Abdalla, sur la trajectoire d’un homme qui sombre dans la schizophrénie, illustrée par des effets spéciaux et des expériences interactives qui montrent sa perte de contact progressive avec la réalité.

Ce film ne représente que l’une des nombreuses expériences offertes à ceux qui sont prêts à se couvrir le visage d’un masque/casque dans l’espace exigu d’une cabine et certains étaient comme lui présentés dans la section Venice VR Expanded à la dernière Mostra de Venise (consultable ici). Conteneur de Simon Wood et Meghna Singh représente une expérience particulièrement surprenante: dans un premier moment, le conteneur se remplit d’eau alors qu’une femme essaye désespérément d’échapper à la noyade, puis il devient soudainement un salon de massage où un homme essaye de contraindre une femme à des rapports sexuels, et enfin un atelier textile. Le “spectateur” est immergé dans l’image, à quelques centimètres des personnages, à tel point que la sensation de réalité est viscérale et provoque quasiment une sensation de malaise.

Une des expériences les plus audacieuses en VR est In the mist de Tung-yen Chou, une œuvre qui flirte avec art et porno, qui se déroule pendant un quart d’heure dans un sauna gay. La VR et l’érotisme y font bon ménage.

Pour le cinéaste, qui a toujours été fasciné par les rêves au cinéma, les obscurités entre les lumières et les ombres et le mystère du désir humain, il s’agit de retranscrire une émotion qu’il a lui-même connu dans un hammam: “Je pensais qu’il n’y a pas de meilleur moyen de partager cette émotion qu’une expérience VR, qui mélange toutes mes fascinations en une seule”, assure-t-il. “Pas d’angles de tournage pour cacher ou couvrir ce qui est normalement caché. Amener le public dans un endroit où il n’aura peut-être jamais la chance d’être et de le regarder d’une manière extrêmement proche, mais absolument distante.” Rien d’anodin dans ces déclarations. Selon Michel Reilhac, l’un des responsables de la section VR du festival, qui voit dans In The Mist un spectacle de danse contemporaine qui “transcende la sexualité”, l’industrie du cinéma porno est la seule à ce stade à faire des bénéfices grâce à la réalité virtuelle.

La VR est désormais présente dans la plupart des grands festivals de cinéma, de Sundance à Cannes, mais l’évolution rapide de ce secteur reste méconnue. “La technologie a atteint un stade où les créateurs ne sont plus obnubilés par l’aspect technologique et où la réalité virtuelle est devenue une forme d’art à part entière”, estime Reilhac auprès de nos confrères de l’AFP. Des films à 360 degrés où le spectateur peut regarder autour de lui, mais sans interagir avec les objets, mais aussi profiter d’autres expériences où il devient un avatar complètement immergé dans un monde interactif. Les potentialités de ce secteur restent à explorer.

Depuis des années, la VR est censée toucher le grand public, mais sans jamais vraiment y parvenir, notamment en raison du coût des équipements. C’est seulement à partir du milieu des années 2010 que nombre de groupes comme Google, Apple et Amazon ont commencé à investir dans ce secteur. Selon Michel Reilhac, la pandémie a toutefois accéléré la tendance, avec la possibilité d’organiser des rencontres virtuelles pour participer à des jeux par exemple. Le potentiel de ce nouveau média a été illustré le mois dernier quand Facebook, qui détient le fabricant de casques Oculus, a dévoilé “Horizon Workrooms”, un projet permettant aux gens de travailler ensemble de manière virtuelle. “Encore deux ou trois ans et nous verrons où nous en sommes, mais je parie que ça va cartonner”, conclut-il.

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