[DERNIER ÉTÉ] Frank Perry, 1969

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«Les brèves journées sauvages»: autant dire qu’on préfère carrément la traduction du titre italien à l’original, plus passe partout. Mais ne vous y fiez pas, Last Summer est une bizarrerie ricaine qui appartient au monde de nulle part, puisque jamais édité à ce jour en dvd. Comme le sable, c’est beau, c’est fin, mais ça colle aussi, ça gratte, ça éblouit, ça brûle.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Zéro générique, une radio beugle ses ondes, des ados blonds marchent sur le sable. Ambiance Beach Boys maussade. Peter et Dan rencontrent Sandy, une belle brune un peu délurée qui veut sauver à tout prix une mouette blessée. L’animal mourra d’ailleurs durant le tournage, provoquant un vrai choc chez une toute jeune Barbara Hershey, alors en plein crise mystique: elle demandera d’être appelée durant une courte période sous le sobriquet de Seagull. Mouette chaos.

Comme dans un Jules et Jim couvert de crème solaire, nos trois ados se regardent, se rejoignent, s’attirent, formant un triangle amoureux insouciant. Dans une salle obscure, devant un Bergman (on suppose), les corps se frôlent et se cherchent. Ils sont à «ça» de franchir le pas. Mais il faut compter sur le caractère parfois curieux de Sandy, qui joue avec son corps et son attitude de peste sexy. Sandy sait qu’elle mène deux garçons à la baguette, Sandy aime regarder les homos du coin s’étreindre derrière les bosquets, Sandy éclate le crane de la mouette qu’elle voulait domestiquer. Sandy est chaos. Un jour, la petite Rhonda débarque. Face à ces jeunes beaux étincelants, Rhonda est plutôt mature, discrète, mal dans sa peau. Le rejet est total. Mais elle revient, encore et encore.

On devait à Frank Perry le fabuleux The Swimmer, enfanté dans la douleur l’année précédente, mais il sera aussi le réalisateur du super chaos Mommy Dearest (no wiiiiiiiire hannnnnnnngeeeeeeeeeeer). Et puis il y aussi ce Last Summer, méchant et grave, marginal comme il l’entend. À l’inverse des teens movies de plage habituels où l’été est beau, l’été est chaud, Perry dégage le parasol pour voit ce qui s’y cache, parfois avec une modernité surprenante (on y parle déjà de capotes ou de rencontre virtuelle), auscultant des rapports de forces et de domination tout ce qu’il y a de plus tristement réalistes.Épatante dans un rôle extrêmement rare et difficile, Catherine Burns (qui se verra moucher à l’époque l’oscar du meilleur second rôle par Goldie Hawn) brille de mille feux en quatrième roue de carrosse, qui réveille les instincts primaires de ses camarades. L’adolescence rêvée d’un côté, entre passe le oinj et shampoo party, de l’autre l’adolescence fragile, au bord du gouffre. Les enfants sont cruels, on le sait. Les ado sont pires. Et que dire des rares adultes évoqués, à la fois inconscients, pervers et toxiques.

Comme le triste oiseau que le trio tente de sauver, Rhonda aura la sensation de voltiger pour mieux s’écraser dans une dernière séquence effarante, moment d’égarement fatal à l’ombre d’un sous-bois, dans la terre chaude où l’on ne contrôle plus rien. Comme dans du sable dans les yeux, ça pique un peu.

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