Démons, c’est le film d’horreur 80’s dans sa connerie, dans sa générosité, dans sa frime. Funny chaos comme on aime.

PAR JEREMIE MARCHETTI

1982, la bombe Evil Dead explose. Il fallait bien évidemment que les Italiens, qui creusaient à l’époque leur tombe du genre, réagissent, fassent un truc et allument accessoirement la photocopieuse ritale. À l’époque de Ténèbres, Dario Argento accepte de parrainer Lamberto Bava, associé et fiston de son père spirituel, en produisant ce qui était annoncé comme le premier volet d’un trilogie : Démons. Le concept de Evil Dead est ici transposé dans un cinéma, avec assez d’idées pour qu’on puisse si possible oublier le film de Sam Raimi : Démons a sa propre saveur, son âme, son truc. Et c’est tant mieux.

Dans le mĂ©tro berlinois, Cheryl croit apercevoir le reflet d’un fantĂ´me dans la vitre, quelque part au milieu des punks et des vieux. Plus tard, dans une station de mĂ©tro dĂ©peuplĂ©e, elle croise un homme masquĂ© (Michele Soavi, qui cachetonnait Ă  l’époque chez tout le monde pour manger tranquilou) qui lui offre des places pour une projection cinĂ©ma mystère. Heidelberger Platz, elle entraĂ®ne sa pote Katy dans son Ă©trange aventure : on sèche les cours, la nuit tombe, et voilĂ  que s’élève le Metropol, un cinĂ©ma Ă  l’allure de mausolĂ©e dĂ©corĂ© d’un beau nĂ©on. « J’espère que ce ne sera pas un film d’horreur quand mĂŞme ???! » gazouille Kathy – sorry, cocotte. Dans les couloirs de marbre, un petit public, façon film de catastrophe des 70’s, s’installe sur les sièges : des «beaux gosses» qui seront bien content de croiser les demoiselles citĂ©es plus haut, le vieux connard de service et sa femme qui encaisse tout, un Shaft de pacotille et ses deux poulettes, un couple plus niais que la niaiserie (dont Fiore Argento, seconde fille de Dario, qui finira recouverte d’hĂ©moglobine et de biles quelques scènes plus tard), un aveugle (!!?) et sa petite fille en chaleur, une ouvreuse vĂ©nĂ©neuse (Nicoletta Elmi, la diablotine rousse des Frissons de l’angoisse)… Sur l’écran, on projette un film de sĂ©rie Z oĂą des dĂ©biles ouvrent la tombe de Nostradamus, ce qui ressemble dĂ©jĂ  beaucoup Ă  un futur film de Lamberto, le rĂ©jouissant Outretombe. « C’est qui Nostradamus, un chanteur de rock ??! » dit l’autre. Pas de doute, on est bien en 1985. Alors que les protagonistes du film dans le film se mettent Ă  s’entretuer sous l’effet d’une possession carabinĂ©e, la mĂŞme chose se produit dans la salle : une gourgandine venue se blesser sur un accessoire promotionnel voit sa blessure suinter, et se transforme en goule baveuse. EmmurĂ©s dans le cinĂ©ma, les autres spectateurs doivent subir les attaques des crĂ©atures, de plus en plus nombreuses.

On sautille du B costaud au Z crasseux en un rien de temps, les idĂ©es superbes (la victime blessĂ©e crevant littĂ©ralement l’écran, l’atmosphère Berlinoise irrĂ©elle et inquiĂ©tante, le combo motocross/katana dans une sĂ©quence inimaginable) se fracassant contre un joyeux n’importe quoi gĂ©nĂ©ral (les punks sniffant de la coke sur White Wedding de Billy Idol pour meubler des scènes entières, le fameux coup de l’hĂ©lico dĂ©gringolant de nulle part). La zique de Claudio Simonetti ressemble Ă  du Kraftwerk hantĂ© par le fantĂ´me d’un droguĂ©, les Ă©clairages « bavesques » de Gianlorenzo Battaglia envoĂ»tent (du bleu, du jaune, du rouge, du vert, tiens partout sur ta tronche), les maquillages près des corps de Sergio Stivaletti invitent Ă  un efficace carnaval organique (mention spĂ©ciale Ă  cette transformation en très gros plan, avec ongles dĂ©chirĂ©s et dents qui se dĂ©chaussent) et le final ambitieux glisse sur les terres apocalyptiques de Romero. Sauf qu’en voulant copier les tubes du moment, Lamberto Bava annonçait surtout sans faire exprès des titres comme 28 jours plus tard ou REC, qui emprunteront quelques idĂ©es au capharnaĂĽm bavesque (les sprints zombiesques ou la possession malĂ©fique concentrĂ©e en virus). Quant à Demons 2, il foncera tĂŞte baissĂ©e dans la comĂ©die involontaire. Mais ça, c’est une autre histoire…

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