A Los Angeles, un ancien flic tombe amoureux d’une femme qui a perdu la mémoire. Il s’avère que dans une vie antérieure, elle a été victime d’un crime violent. A l’aide d’un voyant de pacotille, ils vont tenter d’élucider l’affaire. Une enquête à la fois burlesque et classique qui brille par son efficacité – dans un genre néo-noir.

Nul doute que le genre néo-noir était en vogue dans les années 90. Une décennie qui a produit bien des chefs-d’œuvre du genre. A cette mode s’est juxtaposée une volonté de quête: rechercher la vérité, à une époque ou mensonges d’état et guerres faisaient la Une des journaux. La formule est simple: reprendre la figure du détective des années 50, en faire un retraité et l’empêtrer dans une histoire avec une femme fatale. On se souvient de L’Heure magique (Twilight) réalisé par Robert Benton, sorti en 1998 avec Paul Newman. L’intrigue du film se déroule également à Los Angeles. Chacun des films de ce genre avaient en commun une voix off, narrative, décrivant les événements.

Pour Dead Again, Kenneth Branagh s’est inspiré du Privé (The Long Goodbye) de Robert Altman et a osé des références directes, qui, bien sur, nous ravissent esthétiquement. En effet, la femme amnésique vit dans l’appartement d’Elliott Gould (Philip Marlowe), au 2178 High Tower Drive. D’autres scènes ont été tournées également dans le même quartier, à Broadview Terrace (Hollywood Heights) – où beaucoup d’immeubles datent des années 1920. Ce qui a pour effet de poser des bases classiques dans notre inconscient. Ce sont des séries de rapports entre proche et lointain, tactile et abstrait, énorme et minuscule qui entretiennent le mystère. On ne sait pas ce qui se passe mais on est sûr d’une chose: en prenant des notes, en menant l’enquête, on finira forcément par trouver des réponses. Le scénariste Scott Frank l’a bien compris. Quelque années après Dead Again, il travaillera sur Get Shorty de Barry Sonnenfeld et fera de Travolta un simili détective dans le texte. Pourquoi changer une formule quand celle-ci fonctionne à merveille. Il suffit juste de changer quelque détails.

Les acteurs sont tous excellents, à commencer par les trois personnages principaux autour desquels va tourner l’enquête: Kenneth Branagh (dans la peau de Mike Church), Emma Thompson (superbe en muse évanescente), mais aussi Derek Jacobi (transcendant de mystères). La grande expérience d’acteur de Branagh a sans doute donné une charge juste à cet univers fantastique. Beaucoup ont été surpris par la fin. Certains déçus et d’autres réjouis. Nous, on la trouve sublime. D’autant plus qu’elle clôt un cycle de recherche dans l’absurde des origines du monde. La façon dont celle-ci arrive à apporter un surcroît d’épaisseur au film au lieu de se frayer un chemin vers le ridicule est sans pareille. Tels des stock-shots de la mémoire retrouvée, les plans s’enchaînent nerveusement, alors qu’ils ont été silencieux tout le long.

Revoir Dead Again aujourd’hui nous fait regretter la disparition des thrillers, du néo-noir et des films où des enquêtes sont menées certes souvent avec une nonchalance comique, mais toujours dirigées avec passion. Si c’est un arrière goût de justice que vous voulez, regarder The Morning After. Une sauce épicée? Against All Odds est fait pour vous. Même décor, même ville, la liste est longue. Et heureusement, car on peut les redécouvrir un à un, ou mener soi-même son enquête dans une cartographie californienne qui regorge de souvenirs. S.R.

Réalisation: Kenneth Branagh. Scénario: Scott Frank. Musique: Patrick Doyle. Avec: Kenneth Branagh, Andy Garcia, Emma Thompson… Durée: 107 minutes. Sortie: 1991

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