Co-auteur avec Amy Ziering de Allen V. Farrow, série qui compte quatre épisodes d’une heure chacun et sera diffusée en mars sur OCS en France, Kirby Dick est un documentariste de renom à qui l’on doit un chef-d’oeuvre chaos (Sick en 1998) et qui n’a peur de rien, surtout pas de sujets forts, qu’il traite sans complaisance et avec intelligence.

Private Practices: The Story of a Sex Surrogate (1985)
Il s’agit de son premier documentaire sur une thérapeute sexuelle (Maureen Sullivan) et ses deux clients fâchés avec l’existence. Le résultat suit leur thérapie pour tenter de s’accorder avec le monde et ce qui en ressort est un regard désarmant et compatissant sur les difficultés auxquelles les gens sont confrontés pour se connecter les uns aux autres: d’un côté, un jeune étudiant de vingt-cinq ans encore vierge qui devient nerveux à la simple idée de s’adresser à une femme et d’un autre, un homme de 45 ans, qui vient de divorcer et qui redoute la perte d’appétit sexuel et de désir pour autrui.

Je ne suis pas un freak (1987)
42 minutes dans la vie ordinaire des freaks, soit comment vivre avec une difformité physique dans la vie de tous les jours, en affrontant le regard des autres, dans une société qui ne jure par la norme. A la fin des années 80, il fallait oser. Loin du voyeurisme redouté, le cinéaste lorgne plus vers la fascination pour les monstres humains façon Tod Browning (Freaks en 1932) et David Lynch (Elephant Man en 1980), ouvertement cités. Un ami de la maison, donc.

Sick (1998)
Les Français découvrent Kirby Dick avec son documentaire Sick, qui montre en plans-séquences les performances de l’artiste Bob Flanagan, lequel fait de la mutilation de son corps une expérience vitale. Atteint de la mucoviscidose, il s’inflige toutes sortes de sévices, usant son corps jusqu’à la corde dans une forme ultime de body-art qui, à sa manière, lui permet de retarder le terme inéluctable de sa maladie. Comme l’indique l’avertissement en préambule, Sick «contient des images à la limite du supportable» qui le réservent à un public très averti. Certes, c’est vrai mais l’expérience qu’il recèle est immense (c’est un chef-d’œuvre) et le spectateur, au départ horrifié, finit bouleversé.

Derrida (2002)
Kirby Dick a suivi pendant cinq ans le philosophe français Jacques Derrida avec Amy Ziering Kofman, jadis étudiante du penseur français à Yale. Un regard mi-admiratif mi-franc dans ce doc souvent spirituel sur un homme qui, s’il a publié plus de 45 livres traduits dans une vingtaine de langues et revendique les influences de Heidegger, Nietzche, Freud, Marx ou encore Levinas, n’aime pas tant se prendre la tête que ça.

Twist of Faith (2004)
Kirby Dick relate l’histoire de Tony Comes qui, la trentaine venue, a décidé de révéler la vérité sur les agressions sexuelles qu’il a subies par un prêtre catholique quand il avait 14 ans. Nommé à l’Oscar du meilleur film documentaire.

This Film Is Not Yet Rated (2006)
Un doc sur les pratiques (aberrantes) de classification des films par la Motion Picture Association of America, mettant en cause – entre autres – son traitement de l’homosexualité ou du plaisir sexuel féminin. Il y apparait que les films mettant en scène ces derniers seraient plus enclins à recevoir une classification “R” que ceux mettant en scène des amours hétérosexuelles ou le plaisir sexuel masculin. Le film cite ainsi un entretien, donné au quotidien USA Today, où l’un des responsables de la MPAA déclare: «Nous ne créons pas de normes; nous ne faisons que les suivre

Outrage (2011)
Kirby Dick s’attaque aux politiciens homosexuels américains qui prêchent l’homophobie. Un phénomène connu depuis le scandale du sénateur républicain Larry Craig. En 2007, cet opposant aux droits homosexuels a été surpris par la police alors qu’il sollicitait des rapports sexuels avec un homme dans des toilettes publiques. Aux Etats-Unis, aucune loi ne protège les droits homosexuels au niveau fédéral. Et les opposants les plus farouches à ces droits se révèlent souvent être homosexuels. Larry Craig a ainsi voté à vingt-sept reprises contre des lois en faveur du mariage pour les couples de même sexe, de la protection des victimes d’homophobie, etc.

Invisible War (2012)
Son Invisible War glane le Prix du public du meilleur documentaire américain à Sundance en 2012 et est nommé à l’Oscar du meilleur film documentaire en 2013. Un doc qui explore le sujet tabou des viols de militaires au sein de l’armée américaine, qui comme d’autres institutions, passe ces évènements tragiques ainsi que leurs conséquences sociales et personnelles sous silence.

The Hunting Ground (2015)
Un documentaire sur l’importance des crimes sexuels sur les campus universitaires américains, leur dissimulation par les institutions et les ravages qu’ils créent chez les étudiants et leurs familles. Les chiffres sont sans appel: une femme sur cinq est agressée sexuellement dans les facultés américaines. Pourtant, seule une infime fraction des victimes portent plainte, et lorsque ces actes sont dénoncés, les auteurs sont rarement inquiétés. Le film suit ainsi plusieurs victimes d’agression qui tentent de poursuivre leur lutte pour la reconnaissance et la justice malgré une forte pression de l’institution et le traumatisme.

Alien v. Farrow (2021)
Dans ce documentaire fleuve, diffusé à partir de ce dimanche 21 février sur la chaîne américaine HBO et en mars sur OCS en France, Kirby Dick et Amy Ziering livrent un exposé qui reprend l’enquête, avec témoignages et documents à l’appui, dont certains inédits, mais va bien au-delà. Pour Kirby Dick, le propos est élargi au point que ce documentaire, qui porte pourtant le nom de Woody Allen, “n’est pas vraiment sur lui”, a-t-il avancé dans un entretien au Washington Post. “Cela parle d’un système”, a confirmé Amy Ziering. “Ce film touche à la complicité, le pouvoir de la célébrité, le pouvoir de la manipulation, la façon dont nous allons croire quelque chose qui sera suffisamment répété.” “Je pense que beaucoup de gens qui verront” le documentaire, a dit Kirby Dick, “y compris des personnes qui défendent Woody Allen aujourd’hui, vont changer d’avis ou voir les choses d’une façon très différente.”

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