Bien que très rattaché à la musique et à l’image, notre maître chaos a rarement touché à l’exercice du vidéo-clip, ou alors très récemment (pour Moby et pour Nine Inch Nails). On lui a longtemps légué, apparemment à tort, la paternité du clip dragqueenesque des Sparks, I Predict, pas franchement Lynchien pour le coup (mais on vous laisse débattre là-dessus). Finalement, le plus intéressant, c’est quand même ses pubs!

PAR JEREMIE MARCHETTI

Qui aurait imaginé le réalisateur de Lost Highway ou de Elephant Man tenter de vendre du parfum ou des godasses avec ses propres codes? Pas grand-monde, oui. Mais Lynch est un homme inventif, pur, pas aussi cynique qu’on le croit, et totalement apte à vendre un produit en mariant aussi bien le cahier des charges que ses lubies. Alors bien sûr, on ne gagne pas à tous les coups: on a bien dû du mal à le retrouver dans des pubs passe-partout pour le parfum Opium ou Sun Moon Stars (avec Daryl Hannah) ou les tests de grossesses Clearblue (et oui…). Sa série pour le Obsession de Calvin Klein (où l’on croise Benicio Del Toro et Heather Graham), avec des citations de DH Lawrence ou de Hemingway retrouve déjà la marque de son lyrisme velouté, bien que très lissé. Mais on lui préférera son spot pour Gio de Giorgio Armani, sublime bande-annonce fictive d’un Mulholland Drive-like qui n’existera jamais. Mais dites-donc, zavez pas vu passé Loulou?

Bonne vibes en 2007: une pub Gucci qui ne rechigne pas aux clichés de rigueurs (esthétique policée et dorée, mannequins au regard vague déambulant dans des palais 1000 étoiles) mais détournée très finement, avec un sound design (vent, échos caverneux) et des motifs Lynchiens comme on aime (tv allumée, hôtels vides, superpositions, flash de lumière). Le tout juste pour filmé deux trois jeunes filles hagardes dans une brise surnaturelle. Et sur fond de Blondie s’il vous plaît. Top canon.

Mais à la simplicité de ce spot, certains lui préféreront peut-être le court signé pour Dior, Lady Blue Shanghai, 16 minutes (!!) offrant une parfaite continuité avec Inland Empire. On y retrouve alors cette même image DV aux portes de la laideur, qui n’entache en rien la poésie, l’étrangeté et le trouble de cette ballade hallucinée, avec son bataillon de rideaux rouges et de rose bleue. Avec une Marion Cotillard qui se perd pour un amour perdu dans un Shanghai brouillé et irréel, on aurait parié sur Wong-Kar Wai (qui avait signé le spot de Midnight Poison pour la même maison), mais Tonton David s’en sort si bien…

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