«Freaky Friday», «Professional Rapper», «Earth», «$ave Dat Money»… Dave Burd est devenu ces dernières années une star engrangeant les millions de vues sur YouTube, par l’intermédiaire de son alias Lil Dicky, rappeur comique s’entourant de pointures du genre – Snoop Dogg, Rich Homie Quan, Chris Brown, etc. Si la qualité réelle de sa musique reste douteuse (Earth était l’un des pires morceaux de 2019), il est difficile de nier la curiosité du personnage, gringalet blanc et juif, pur produit de l’appropriation culturelle, qui, par le côté décalé de sa musique, semble en vérité en faire la satire. Une impression validée à la vision des 10 épisodes de la première saison de Dave, série d’autofiction crée et inspirée de la vie de Dave Burd, disponible en intégralité sur Canal +.

Pour cette création, Lil Dicky a su, encore une fois, s’entourer de grands talents à tous les niveaux. On retrouve à l’origine du projet et à la production exécutive Jeff Schaffer (producteur exécutif, scénariste et réalisateur sur les mastodontes des séries comiques Seinfeld et Curb Your Enthousiasm) et à la réalisation de plus de la moitié des épisodes Greg Mottola (réalisateur de Supergrave et Adventureland) et Tony Yacenda (créateur et réalisateur sur American Vandal). Devant la caméra, Dave Burd a fait appel à des collègues rappeurs (YG, Young Thug, Trippie Redd) ou de la musique en général (Justin Bieber, Benny Blanco) pour des caméos de luxe, parfois sur plusieurs épisodes.

Cependant, ce sont bien les moins connus Taylor Misiak, Andrew Santino, Christine Ko, Travis Bennett (membre du collectif hip hop Odd Future) et GaTa qui tirent leur épingle du jeu en squattant merveilleusement les premiers rôles de cette première saison. Ils incarnent les proches de Dave, wannabe star qui se voit comme le plus grand rappeur de son temps et qui s’est fait connaître sur internet grâce à son tube My Dick Sucks. Si Dave se fait appeler Lil Dicky, ce qui est déjà un pied de nez au virilisme exacerbé et machiste du monde du hip-hop, c’est surtout parce qu’il est fortement complexé par son appareil génital atrophié en raison d’opérations chirurgicales subies à son plus jeune âge. 

Comme toute série d’autofiction, Dave construit à travers le portrait d’un personnage névrosé et narcissique, un récit plus large sur son époque. Si les modèles de Louie ou Curb Your Enthousiasm s’avèrent un peu trop encombrants pour Dave, la série se démarque par la singularité de l’univers qu’elle dépeint: le rap. En effet, mis à part The Get Down, centrée sur la naissance du genre, et Empire, sorte de Dallas dans le monde du hip hop, seule Atlanta (créée par Donald Glover, a.k.a. Childish Gambino) s’était proposée comme miroir du genre musical le plus populaire des années 2010. On ne s’étonne pas de voir que Dave et Atlanta ont été produites par le même Network, FX, tant ces séries posent deux regards qui se complètent sur le hip-hop d’aujourd’hui. Si d’un côté, Atlanta présente la difficulté d’exister dans le contexte actuel du rap et face à l’appropriation culturelle, Dave nous montre son envers, celle d’un rappeur blanc «cool» qui a du succès et est accepté par le milieu. 

Dave n’a certes ni le génie ni l’étrangeté d’Atlanta, mais cette série est ponctuée de vraies scènes folles qui parviennent à l’élever au-delà du portrait acide de son personnage principal. Dans le pilote, Lil Dicky veut absolument faire un feat. avec YG qui enregistre dans le studio de son meilleur ami Elliott. Pour y parvenir, il fait la rencontre d’un curieux hype man (les fameux chauffeurs de salle qui gesticulent pendant les concerts de hip-hop), Gata, qui lui propose de donner 10000 dollars au manager de YG pour concrétiser ce projet. Dave parviendra facilement à débloquer cet argent, grâce aux fonds de sa bar-mitsvah. Toutefois, arrivé sur place, il ne fera aucun feat. avec YG, qui le prendra plutôt en vidéo via Instagram pendant qu’il improvisera un rap centré sur les sècheresses vaginales de sa copine. Le genre de scène improbable qui va à l’encontre de l’image gangsta de YG. Grâce à ce buzz, Lil Dicky passera du type qui rap sur «mon sexe est nul», au guignol de la vidéo de l’Instagram de YG. Plus tard, il sera connu comme le gars qui a inventé le «SOMEBODY SUCK ME challenge». Le genre de truc idiot qui pourtant offre une notoriété à Dave et posera les premières pierres de sa carrière. Le genre de truc idiot qui aujourd’hui peut lancer un rappeur. On n’est finalement pas si éloigné des centaines de millions de vues de Gucci Gang ou CoCo.

Les délires de Dave culminent dans un épisode 10 questionnant frontalement l’appropriation culturelle de son héros. Il est notamment composé en grande partie d’un video-clip démentiel où Lil Dicky se retrouve en prison après avoir montré ses testicules à un concert, et doit choisir entre la protection d’un gang afro-américain ou mexicain. Un chef-d’œuvre qui élève la série au rang d’incontournable, dont on scrutera le retour pour une saison 2 qui semble promise depuis que la série a atteint les audiences d’Atlanta. On retrouvera également avec plaisir les personnages secondaires attachants de la série, notamment le couple Elliott/Emma, déjà au cœur d’un savoureux épisode 7 en forme de romcom, ou GaTa, le hype man loser dont on apprenait la bipolarité dans un épisode 5 plein d’émotion, découpé en flashback.

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