On cherchait des nouvelles du réalisateur allemand de Der Fan, on est tombé sur cette pépite chaos.

PAR JEREMIE MARCHETTI

L’année dernière, on avait (re)découvert, fébrile, le très achtung achtung Der Fan, où une sex fan des eighties se mourrait d’amour pour un chanteur de new-wave. Une histoire d’obsession qui faisait l’effet d’une glace à l’arsenic qui fondait sous la langue durant 1h20. On s’est donc demandé où était passé son réalisateur Eckhart Smith, abonné pendant presque toute sa carrière aux documentaires: c’est l’arbre qui cache le chaos bien entendu. Peu après Der Fan, le bonhomme s’est en effet voué au cinéma de genre, avec du thriller néon (Alpha City), du home invasion bizarroïde (le raté Loft) ou de la féerie cucul pour adultes (Der Sandmann, d’après Hoffmann donc, ou Undine, avec Isabelle Pasco en sirène, on vous jure). Mais tout ça ne vaut pas Das Gold der Liebe, un fulgurant cauchemar punk qui ne sorti jamais de son pays natal (comme Der Fan d’ailleurs).

Une nuit, un éclair de lune caresse les draps de Patricia. Une voix chuchote. La jeune fille se lève, s’engage dans la nuit avec pour seul but, aller à un concert. Encore une «der fan» oui. Dans son trouble, elle a oublié son portefeuille et en pleurera (littéralement) des larmes de sang. Elle tente pourtant d’esquiver le guichet, entre les groupies et les dealers. Dans une ruelle, elle voit ce qu’elle n’aurait jamais dû voir : un meurtre sauvage, perpétrée par une brunette vampirique. Voilà la douce et impassible Patricia courir les rues viennoises, où chaque porte poussée semble la précipiter vers un nouveau monde d’effroi, comme ce bar obscène où traîne des cadavres ou cette pythie rougeoyante.

Moins contemplatif que Der Fan, Das Gold der Liebe change quelque peu de braquet: plus poétique, plus psyché, plus violent. Une ballade tour à tour flippante et éblouissante, où se pousse des images inoubliables comme cette femme s’enfonçant un couteau dans la bouche ou cette voiture d’où jailli une lumière aveuglante. Vienne, ville de vampire langoureux, d’âmes damnées, de suicidaires, réveillant ses morts et ses meurtriers. La caméra sillonne les ruelles, plein phare.

Avec ses faux airs de Valerie Dore (mais si mais si), Alexandra Curtis s’éloigne à grand pas du prestige paternel (c’est la fille de Tony Curtis) et parcourt de ses yeux tristes une mégapole spectrale, où l’on danse les yeux au plafond ou au sol sur Blumchenn Blau ou D.A.F. Plus le métrage avance, plus il s’emballe et s’enfonce dans un cauchemar gluant: sa dernière partie, qui vire au trip insensé et sanglant, voisine sur les terres d’Argento ou de Lynch (qui auraient sans doute adoré le film). «Alo? Alo Kinder?»

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