[DARIO ARGENTO] Hélène Cattet & Bruno Forzani décryptent leur passion giallo

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Depuis leurs premiers courts métrages (Catharsis en 2001, Chambre jaune en 2002, La fin de notre amour en 2003, L’étrange portrait de la dame en jaune en 2004, Santos Palace en 2006), Hélène Cattet et Bruno Forzani aiment à capter l’essence du giallo, un genre qu’ils maîtrisent sur le bout des doigts, pour proposer un voyage intérieur. Cette technique abrasive a donné lieu à deux longs métrage tranchant: Amer (2009) et L’étrange couleur des larmes de ton corps (2014). Pour nous, ils commentent Argento.

PAR HELENE CATTET & BRUNO FORZANI

L’OISEAU AU PLUMAGE DE CRISTAL
«Pour nous, c’est le premier giallo parfait qui unit le fond (l’intrigue d’un touriste étranger témoin d’un meurtre dont il n’a pas bien décrypté l’action, comme dans La fille qui en savait trop de Bava) et la forme (le look de l’assassin et les meurtres originaux, comme dans Six femmes pour l’assassin de Bava). C’est un film généreux et plein d’envies où chaque séquence est bourrée d’idées qui permettent de dynamiser la structure du whodunit habituellement propice à quelques temps morts. Le fait que Dario Argento ait voulu travailler avec une équipe jeune afin de garder le contrôle de son premier film nous a influencés pour Amer qui était le premier long métrage pour quasiment toute l’équipe. Le personnage interprété par Eva Renzi est le genre de personnage féminin giallesque qu’on affectionne et qui nous a inspiré pour Amer. Détail sexy: la nuisette transparente de Rosita Torosh.»

LE CHAT A NEUF QUEUES
«L’assassin est ici personnifié par deux figures de style du giallo poussées à leur extrême : le Très Gros Plan d’œil et la caméra subjective. On peut même dire que c’est une « Meta Caméra Subjective », c’est-à-dire qu’on ne voit jamais les mains de l’assassin qui manipulent les personnes ou les objets, c’est comme s’il intervenait par « télékinésie » sur les éléments du film, sans les toucher (voir la séquence où la petite fille se fait gifler par l’assassin). Pour nous, c’est le film le moins « humain » car il est moins centré sur la psychologie de l’assassin et sur l’intimité que l’on peut avoir avec lui, vu que son comportement est expliqué de manière scientifique et non via un traumatisme passé comme dans les autres films de Dario. Petit bonus très agréable: la très belle robe rose de Catherine Spaak!»

SUSPIRIA
«On a vraiment «découvert» ce film lors d’une projection sur grand écran. Le sens du détail est tout simplement stupéfiant, le fétichisme des objets, du décor est poussé ici à son extrême ! Les monochromes de couleurs n’ont jamais été aussi puissants et envoûtants avec l’étalonnage technicolor. Le mélange de film gothique et de giallo (repris dans Inferno) permet à Dario Argento de donner à son univers une autre envergure, plus fantastique, proche du rêve… qui, à notre goût, évoque fortement le monde magique de l’enfance (d’où nos choix pour retracer l’enfance de l’héroïne dans la première partie de Amer). Détails préférés: le coffret et les ornements du rasoir avec lequel Stefania Casini va être tuée, ainsi que la tapisserie «Escher» de la chambre d’une des étudiantes.»

INFERNO
«C’est le film de Dario Argento qui nous a fait le plus flipper… sûrement grâce à sa narration, proche du rêve et faite d’associations d’idées, qui nous fait perdre pas mal de repères en tant que spectateurs et qui nous plonge dans un univers peu rassurant car nous n’en avons pas toutes les clefs. Ce type d’écriture avec l’inconscient nous a énormément inspiré pour notre travail. Les séquences de la pièce immergée, de la bibliothèque et du meurtre sur «Va pensiero» sont d’une beauté à glacer le sang. Détail insolite : une aiguille étrangement placée dans une portière de taxi.»

TÉNÈBRES
«C’est pour nous le film le plus jouissif de Dario Argento. Le Meurtre est ici un acte d’une beauté totale incarnée par des femmes-chats au charme très 80’s, il devient quasi mystique par la musique des Goblin, il devient Art Moderne par l’architecture des maisons dans lesquelles il se déroule et est digne d’une performance par son exécution. La scène du meurtre des deux lesbiennes précédée du plan séquence à la Louma est sûrement notre séquence préférée de violence graphique chez Argento. Petit bémol de fétichiste : l’assassin ne porte pas un imper en cuir mais en tissu gris et est coiffé d’un bonnet et non du chapeau classique de l’assassin.»

PHENOMENA
«On adore l’intro du film avec un nouveau genre de musique chez Argento (le morceau de Bill Wyman), un nouveau type de décor (la verdure des paysages suisses)… et un superbe premier meurtre, très brutal où toute l’attirance pour la victime est résumée par les mouvements violents des chaînes emprisonnant l’assassin. C’est, avec Suspiria, le plus beau portrait de jeune fille dépeint par Dario Argento. L’obsession giallesque pour les insectes est ici poussée à son comble. Détail préféré : les morceaux de verre qui tombent sur le visage de la première victime.»

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