Nobuhiko Ôbayashi n’a pas réalisé que l’immense Hausu en 1976. Une plongée dans sa filmographie et l’on trouve des (télé)films non moins sidérants comme cet horrifique Cute Devil en 1982.

En 2020, Nobuhiko Ôbayashi quittait notre terre, laissant pas moins d’une soixantaine de films inédits dans nos contrées. Oui, même Hausu, dont le gros culte n’est plus à présenter, n’existe toujours pas officiellement en France (qu’attendez-vous, éditeurs chewris?). Alors, on sort la pelle et on creuse. Dur dur, quand rien ou presque n’est sorti du pays du soleil levant. Une chose est à peu près certaine: Hausu est indépassable et indépassé dans la filmographie du monsieur. De là à renier tout le reste de ladite filmo? Certainement pas! On peut par exemple attester de la bonne entente entre Nobuhiko Ôbayashi et l’horreur avec le très beau The discarnates (1988), mélo fantastique où se fracassent Quartier Lointain et Kwaidan.

Bonne nouvelle: un autre film, encore plus obscur, confirme une fois de plus cette alliance glorieuse. Il s’intitule Cute Devil (ou Lovely Devils selon certains) et c’est un téléfilm signé en 1982, triplement condamné par ses origines télévisuelles. Et pourtant, et pourtant… Chaos ici chaos, on sort le gyrophare! Télé oblige, Cute Devil n’est pas ce qu’on peut appeler un film très chargé visuellement: la photo est terne comme un dimanche de pluie et on se trouve à mille lieux des expérimentations fada de Hausu ou de Hanagatami. Mais Ôbayashi raccorde comme il peut: une mariée onirique peinturlurée comme chez Cocteau, de prudents matte-paintings, un noir et blanc contaminé par la couleur, et une bande-son saturée en permanence de grands morceaux de classique, instaurant un climat lyrique à la limite de l’épuisement.

Imaginez donc The Bad seed (Mervyn LeRoy, 1956), ce camp classique animé par une saleté psychopathe tout en couettes, mais à la nippone. Le film débute lors d’un mariage dévasté par une tempête, instaurant dès lors une atmosphère surréaliste et inconfortable. La mariée est suivie sans arrêt par la fille de sa belle sœur, une gamine de quatre ans obsédée par sa voluptueuse tiare. Pas une obsession de carambar, plutôt du genre « si tu meurs, je pourrais la prendre alors?». Prenant le pacte au mot, la gamine souhaite la mort de sa tantine qui finira en morceaux devant les invités quelques secondes plus tard. À des milliers de kilomètres de là, à Vienne, la sœur de la mariée prie si fort la mort de son amant qu’il finit sous les roues d’une voiture. Devenue folle, l’ancienne mariée se fera rapatrier au Japon. Et ce ne sont que les premières minutes! Apaisée après quelques années d’hôpital psychiatrique, la femme réintègre sa famille, rejoint sa belle sœur ainsi que l’horrible petit monstre qui a légèrement grandi depuis… en centimètres comme en dangerosité.

Glissant le spectateur sur les rails d’une hypothèse fantastique trompeuse, Ôbayashi raconte avec une méchanceté sans égale le portrait d’une psychopathe haute comme trois pommes, qui supprime tous ceux se mettant en travers de son chemin. Prise pour démente, l’ex-mariée aura bien du mal à faire croire à cette hypothèse farfelu, et trouvera davantage de difficultés lorsqu’un pervers répugnant viendra se mêler de ce jeu de massacre. La tension accablante explose dans un final de slasher où des objets aussi inoffensifs que des vases deviennent des armes mortelles dans les mains de la petite démone. La pirouette finale, infiniment perverse, semble même construite en miroir de celle de Hausu: l’accomplissent d’un amour infini et mortel. Vraiment zinzin ce Ôbayashi.

Réalisateur: Nobuhiko Ôbayashi
Épouvante-Horreur
1 h 34 min
Diffusé au Japon le 10 août 1982
Avec Miyoko Akaza, Kumiko Akiyoshi, Tôru Minegishi

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