OMFG, HTRK is (kinda) back !!!

Après une pause injustifiable de quatre froides et pénibles années, HTRK nous fait part de ce qui semble bien être un signe de vie.

Si vous étiez là à au milieu des années 2000 et que vous n’étiez pas coincés dans un vortex électro folk psyché optimiste ou pire – clairement il y avait pire, mais ne vous retournez pas, ça n’était la faute de personne – vous avez sans doute eu vent de ces charmantes personnes.

C’est en 2003, à Melbourne que le guitariste Nigel Yang, le bassiste Sean Stewart et la suave chanteuse Jonnine Standish forment HTRK, à prononcer HATE ROCK. Et pas autrement. On est venu là pour souffrir ok ?

Leur premier EP Nostalgia – je vous avais prévenu –, accordait déjà une attention particulière aux éléments sonores peu communs, en tissant des structures synthétiques épurées. Le tempo se veut lent, langoureux, hypnotique. Ces trois esthètes cherchent alors à se rapprocher de l’atmosphère psycho-sexuelle planante et angoissée des films d’un de leurs maîtres à penser : Sir David Lynch. Mais les moyens techniques à leur disposition restent précaires. Nostalgia, qui aurait dû être une démo, en possède de fait toutes les caractéristiques : ça grésille, c’est abrasif et presque noisy pour les oreilles habituées à Mariah Carey. Un coup d’essai qui renvoie accidentellement aux groupes punks, grunges et shoegaze qu’ils écoutaient ados.

En live, ils prennent à revers la scène rock d’alors : ils sont mous, distants, ne bougent pas, n’ont pas de jeu de scène. Ils paraissent les fantômes d’eux-mêmes. Une déviation qui leur apporte pas mal d’exaspération et d’insultes de la part des têtes creuses du public, venues anéantir leurs trois derniers neurones dans un headbanguing salvateur. Mais cet effacement spectral permet paradoxalement au groupe de se faire remarquer et pas par n’importe qui, puisqu’ils tapent dans l’œil du grand Rowland S. Howard, ex gratteux dégingandé au profil d’oisillon leucémique de The Birthday Party. Pour éviter d’avoir à développer en huit paragraphes l’admiration que je voue à Howard, je me contenterai de mentionner quelques personnes avec qui il a fricoté durant sa trop courte vie : Lydia Lunch, Clint Ruin, Nikki Sudden, Barry Adamson et Nick Cave, obvi. Howard décide de produire le projet à venir de ses compatriotes et les invite à faire sa première partie.

En plus de soutenir le groupe, il collabore avec eux sur deux titres, en plaçant quelques riffs Ă´ combien reconnaissables sur leur chanson Panties et en incorporant la voix androgyne de Jonnine Ă  sa love song toxique (I Know) A Girl Called Jonny, qui figurera sur son ultime album Pop Crimes. Le pacte est scellĂ©. Ce morceau mettra par ailleurs l’accent sur l’aspect rĂ©solument queer du trio, on peut y entendre : « In my silver dress, I’m the disasteress », « She’s my narcotic lollipop », « Changing all the girls into boys », « He’s changing all the boys into girls », « I’m the Jon of Arc, of teenage lust ». Garçon, fille, confusion, glamour, destruction. Howard avait vu juste. Car c’est lĂ  que se situe toute la sĂ©duction brĂ»lante/glacĂ©e qui fera fondre le cĹ“ur des dark romantiques 2.0.

En 2009, Marry Me Tonight voit enfin le jour, c’est à ce moment que, comme un nombre significatif d’ex-gothiques-pédés ne sachant où se situer musicalement, culturellement, socialement ou sur la planète Terre : je les découvre. Cet album présente en effet tout ce qui peut plaire à notre sous-sous-catégorie d’êtres humains dont l’intégralité du monde se branle. Cette période donnera par ailleurs naissance à deux autres monster-truck de la queer-noirceur : les camés satanistes de SALEM et le poète reclus dans son appart de San Francisco oOoOO. Coïncidence? Destin? Sorcellerie, à n’en point douter.
Le trio fait régulièrement référence au rôle qu’a joué leur « expérience berlinoise » lors de la conception de cet album et si comme moi vous êtes allés à Berlin, vous devez instantanément penser poppers, extas, backrooms, sling, bareback… Et dans ce cas vous avez raison. Si cette liste non-exhaustive de spécialités locales ne vous suffit pas, rappelez vous simplement que Sasha Grey a inscrit Marry Me Tonight dans son top 3 des disques sortis en 2009 pour le magazine Stereogum – semi yuk, mais hey : on était en 2009, on n’est pas venu là pour parler de Stereogum ok ?

Il est vrai que sur toutes leurs photos, ces jeunes australiens suintent le cul, en même temps que leurs regards mi-clos, voire carrément éteints en disent long sur la blasitude générationnelle et la quantité de substances que leur circulation sanguine doit gérer.

La déprime l’emporte un temps sur la luxure, lorsqu’en Mars 2010, le bassiste du groupe, Sean Stewart se donne la mort. Si comme beaucoup vous avez eu à subir le décès volontaire d’un proche, vous pouvez aisément imaginer dans quelle mesure l’évolution d’HTRK en fut affectée. Les deux membres restants, choqués, mais pas surpris par cette disparition, s’imprègnent de l’absence de Sean. Ça vire presque à l’obsession et ils se mettent à lire ce que Sean lisait, à voir les films qu’il regardait. Quand ils évoquent Dennis Cooper, Philippe Grandrieux ou Robert Bresson comme sources d’inspiration, les chansons auparavant ambiguës deviennent limpides : Rentboy, Poison, Fascinator…

Cette perte induit chez Yang et Standish un processus de deuil qui les pousse à mettre en forme le vide. Leur amour, leur manque et leur compassion vis-à-vis de l’impossibilité de vivre qu’éprouvait Sean. Ils convoquent ses peurs, ses désarrois, ses désirs, dévorent tout ce qu’il a laissé derrière lui et l’assimilent pour façonner un totem de désespoir sensuel. Un boulot éreintant qui expliquera, au moins partiellement le titre de leur troisième album, Work (Work, Work). L’implication de Jonnine et Nigel, paie, puisque c’est cet effort incantatoire qui fera d’HTRK le must de la musique sleazy/sad.

Puis viendra Psychic 9-5 Club, qu’il vous suffira d’écouter, car on n’est pas venu là pour parler de 2014 ok ?

Les chants de sirène d’HTRK sont sincèrement les meilleurs stimulants auditifs pour échanger des fluides corporels avec un ou plusieurs partenaires, faîtes moi confiance. Essayez simplement d’écouter leur petit dernier, Mentions, sans vous frotter lascivement contre quelqu’un, quelque chose, ou vous même, ne serait-ce qu’en pensée.

Désormais, il ne nous reste qu’à attendre patiemment de faire la découverte de l’album prévu pour 2019 et dont l’annonce nous humidifie déjà les muqueuses.

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