[CRITIQUE] WRONG de Quentin Dupieux

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“Wrong”, c’est donc l’histoire de Dolph (Jack Plotnick), un homme qui a perdu son chien, Paul. Le mystérieux Master Chang pourrait en être la cause. Le détective Ronnie, la solution. Emma, la vendeuse de pizza, serait un remède, et son jardinier Victor (Eric Judor qui parle anglais), une diversion? Ou le contraire. Car Paul est parti, et Dolph a perdu la tête. Vous ne comprenez pas grand-chose voire rien du tout ? Ne cherchez pas midi à quatorze heures : “Wrong” est un film qui ne ressemble qu’à son auteur, Quentin Dupieux, connu sous le pseudonyme “Mr Oizo”, auteur radical et intransigeant qui impose à chaque plan son sens aigu de l’atmosphère, son humour tordu, son goût étrange pour les raisonnements absurdes. A la fin des années 90, il a connu un succès musical retentissant, sans nécessairement le chercher, avec Flat Beat qui a fait le tour du monde. Mais sa vraie passion, c’est le cinéma.

Ses précédents longs métrages étaient déjà inclassables, totalement libres. Après “Non-Film”, une tentative expérimentale consistant à se libérer d’un siècle de conventions narratives en répondant au titre (il s’agissait effectivement d’un non-film), il signait “Steak”, un véritable hold-up avec Eric et Ramzy en tête d’affiche, dans une comédie à base de surréalisme européen et de satire américaine, répondant également au titre (il n’y avait aucun steak). Imaginez les deux comiques chez Luis Buñuel (“Un chien andalou”) et vous obtenez ce film. Il récidivait avec “Rubber”, tourné aux Etats-Unis avec une Canon 5-D, qui relatait les mésaventures d’un pneu psychopathe. A priori, impossible de faire plus absurde et pourtant, si.

“Wrong” pousse le délire tellement loin qu’il risque de perdre encore plus de spectateurs en cours de route. Il regorge tellement d’intuitions, de références (ici, l’ombre de David Lynch plane), d’idées folles (le réveil passant de 7H59 à 7H60, le gourou télépathe, les employés de bureau travaillant sous les trombes d’eau et l’alarme incendie) et retranscrit avec une telle jubilation l’ennui de banlieue, l’obsession qui taraude, le quotidien qui déraille, avant de boucler son intrigue par une conclusion au moins aussi absurde que tout ce qui a précédé.

L’ensemble évoque clairement la déroute et l’humour angoissé de “Buffet Froid”, de Bertrand Blier même si Dupieux en fait peut-être un peu trop sur ce coup (une profusion de personnages secondaires de peur du manque de substance). Peu importe au fond : on aimerait tant que d’autres réalisateurs comme lui ou le Carax de “Holy Motors” osent emprunter cette voie punk et radicale, si difficilement compatible avec les contraintes de la grande consommation.

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