Qu’est-ce que t’as avec ton grand lasso? On récapitule pour les deux du fond qui n’écoutent pas, à raison d’ailleurs: les fans, qui avaient découvert la super-héroïne dans un décor de Première guerre mondiale, retrouvent Diana Prince en 1984, soit quatre décennies après, dans l’Amérique du consumérisme triomphant (suivez notre regard). Elle mène une vie anonyme et tranquille, jusqu’à ce que les évènements l’obligent à chevaucher à nouveau la foudre. Armée de son lasso de vérité, elle doit rétablir la paix, la justice et éviter l’apocalypse. Si le premier film narrait la naissance de Wonder Woman, celui-ci ambitionne de creuser la psychologie d’une super-héroïne qui n’a qu’une ambition: “aider l’humanité à s’améliorer”. What else dans notre monde qui se bat dans les centres commerciaux pour du PQ?

Le film qu’on n’attendait pas et qu’on n’a jamais fini de ne pas attendre. Séisme chez les puissants studios cinématographiques en proie à une crise sanitaire sans précédent: la suite à gros budget des aventures de la super-héroïne a donc fait une croix sur une sortie en salles en France pour se révéler directement en VOD. On comprend bien le problème, notamment face à la piraterie, mais peut-être que voir cette grosse machine en salles, là où la grosse dose de combats et de cascades aurait a priori dû passer comme lettres à la poste, nous aurait incité à gober avec plus de mansuétude la laideur affolante de ce block-buster des enfers, lorgnant ostensiblement vers la naïveté du Superman de Richard Donner (qui racontait la naissance du superhéros sur la planète Krypton à ses démêlés avec le méchant Lex Luthor) sans rien retrouver du film d’origine, la faute à ses calculs cyniques.

Pensant renouer avec le succès du premier (qui était déjà redoutablement hideux), DC Comics a confié ce Wonder Woman 1984 au même duo de femmes que le premier, qui a rapporté 822 millions de dollars: Patty Jenkins devant la caméra, Gal Gadot dans le costume à la bannière étoilée, se lançant à pied dans une course poursuite avec une armée de chars dans le désert ou menant un combat aérien sans temps mort face à bitchy Cheetah (Kristen Wiig). On voit bien le sous-texte très mode, notamment les piques envers Trump à travers cet homme d’affaires (Pedro Pascal) inspiré en magnat ivre de pouvoir mais au bord de la faillite. Mais on cherche encore le bon superlatif kilotonnesque pour qualifier les prestas de Wiig et Pedro en parangons du capitalisme des Etats-Unis dans les années 80, en opposition à la pureté de l’Amazone/Gal Gadot? Plus que manichéen, c’est complètement tarte jusque dans cet enjeu dramaturgique autour d’une pierre magique capable d’exaucer les vœux (un hommage à Danièle Gilbert?). Même Hans Zimmer, plus pilote automatique que jamais, a capitulé face à la débâcle. Surtout, et c’est là la vraie énigme, pourquoi vanter l’évolution du genre si c’est pour respecter à ce point un cahier des charges et une esthétique calibrés pour bas du front? Et comment peut-on, par exemple, se risquer à regarder des scènes d’action surdécoupées à la serpe? Ainsi, on se désole de n’y voir aucune plus-value, ça rentre par une oreille, ça sort par l’autre et au final, ça donne envie de s’arracher les yeux. N’oubliez jamais, vous ronds de cuir dans les studios, que de la même façon qu’on ne fait pas de bon cinéma avec de bonnes intentions, on ne fait pas de bon blockbuster sans bon cinéma. J.F.M.

WONDER US
Ne criez pas hourrah devant pareille débâcle. Aux Etats-Unis, Wonder Woman est sorti à la fois en ligne (HBO Max) et dans les salles qui étaient ouvertes, illustration des nouvelles stratégies des studios. Le film a rapporté 165 millions de dollars au box-office, dont 45 millions aux Etats-Unis, selon Imdb. Donc ça va.

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