Sauvez Willy. Ce quinquagénaire ventripotent qui, tel l’orque, n’a jamais quitté le giron familial, secrètement dévasté par le chagrin après la mort de son frère jumeau mais qui ne montre rien à personne. Cette solitude, Willy ne l’avait jamais envisagée, elle le contraint à changer de mode de vie. Il décide de gagner son indépendance, de trouver un travail et un logement, de s’acheter un scooter, d’avoir des copains et, du coup, d’abandonner père, mère et ferme de l’enfance. Mais rien ne sera facile pour Willy, rien n’effacera le chagrin.

Twin pique. Tout sonne quand même super chaos dans ce coup d’essai de quatre jeunes réalisateurs qui, de toute évidence, aiment profondément les marginaux. Cela tombe bien, nous aussi, et intuitivement, on a envie d’aimer ceux qu’ils aiment. Au prime abord, leur long métrage a les allures d’un hilarant sketch de Groland. Mais la blague est de courte durée, ne masquant pas le vrai sujet (la douleur inconsolable d’une perte) ni la sensation de surplace afférente (on évolue au rythme du héros en réaction et en même temps en panne). Très vite, Willy 1er prend les atours d’une émouvante déclaration d’amour aux rêveurs lunaires, aux inadaptés sociaux, aux exclus solitaires, aux fans de Zaz. Forcément, on se reconnaît en eux, jusque dans le mauvais goût: qui n’a pas été, un jour, ému par une vidéo à la con diffusée sur YouTube? Qui n’a pas, un soir de déprime, trouvé déchirantes les paroles d’une chanson de Lara Fabian? Oui, Willy 1er, c’est un film qui a un cœur gros comme ça.
On en sait d’autant plus gré aux quatre réals de ne pas tricher avec le réel impactant: c’est bien une fiction mais la dimension documentaire reste forte. Et, de fait, on leur sait gré de montrer Willy, sa famille, ses potes tels qu’ils sont, a fortiori lorsqu’ils se comportent comme des cons. Jamais filmé comme un monstre de foire mais bien comme un enfant-adulte intimement tourneboulé par des émotions nouvelles, Daniel Vannet/Willy, dont le parcours a clairement inspiré les réalisateurs, est génial. La bonne idée, c’est d’avoir offert à Willy un intrigant side-kick: un jeune collègue de boulot (Romain Léger, révélation chaos du tonnerre, repéré par l’équipe pendant ses shows de transformiste) avec lequel il va nouer une amitié. C’est beau d’avoir confondu les trajectoires de ces deux personnages pour révéler, derrière la banalité de leur quotidien et l’incongruité de leur réunion, quelque chose de réellement déchirant et traduire, derrière leurs doubles de fiction, une vraie différence que les deux acteurs (Vannet et Léger) ont certainement dû affirmer dans le réel. Une façon de dire que, oui, nous sommes tous un peu Willy au fond de nous-mêmes. Et fiers de l’être.

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