White Lightnin’ risque de passer inaperçu et pourtant, c’est un choc comparable à la découverte des premiers longs métrages de Darren Aronofsky en son temps, autant pour le mélange de poésie brute que pour les qualités de fabrication proches du cinéma-guérilla. Si on devait le rapprocher d’un film récent, ce serait sans doute Bronson, de Nicolas Winding Refn, avec lequel il partage un style underground et la même caractérisation d’un personnage  flingué par la vie partagé entre l’expression et la manière, l’art et la violence. Enfant, adolescent et adulte, Jesco évolue aux antipodes d’une éducation judéo-chrétienne basée sur le bien, le mal, le péché originel et soigne ses pulsions autodestructrices à travers l’art, l’amour et la foi. Dans la dernière partie, une affaire de vengeance poignante le précipite dans le vide et le confronte à ses propres croyances.

L’implication des acteurs – dont Edward Hogg, gueule d’ange aux yeux du démon, voix douce et corps ingrat, et surtout Carrie Fisher, ressuscitée par miracle – confère un surplus d’ambiguïté à cette transe. Mais, plus encore que pour son histoire (la délinquance et la folie aux Etats-Unis), c’est sur le plan visuel que le résultat emporte l’adhésion. Avec ce premier long métrage marqué par l’expérimentation et la radicalité, Dominik Murphy reprend à son compte une quantité d’artifices connus ou inédits afin de communiquer à l’écran une colère intérieure et de traduire des notions abstraites. A plusieurs reprises, un thème mélancolique à la Sigur Ros amplifié par les incantations d’un pasteur en voix-off crée un contraste hallucinant avec le reste du score, essentiellement composé de rockabilly. Le sublime plan final – qui montre ce qui est transparent et donc invisible à l’Å“il nu – clôt cette tragédie où un poète méprisé a construit son mythe divin. Il justifie le titre, évoquant subtilement l’éblouissement que le spectateur reçoit à la fin de la projection.

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