La tentation est forte de comparer Vivarium à une version étendue d’un épisode de La quatrième dimension (ou du plus récent Black mirror). Mais derrière la mécanique apparemment simple d’un cauchemar kafkaien, cette coproduction improbable (Irlande/Danemark/Belgique/Etats-Unis) développe une série de thèmes qui justifient amplement la durée d’un long-métrage. Un préambule sur le comportement des coucous expulsant les occupants d’un nid pour prendre leur place devrait servir d’avertissement, mais c’est juste une façon d’amorcer ce qui s’avère une parabole d’une noirceur surprenante sur l’inéluctabilité de la destinée humaine, l’inutilité d’agir pour la modifier, l’horreur du temps qui passe et l’esclavage que constitue la vie de famille.

Gemma (Imogen Poots) est enseignante, Tom (Jesse Eisenberg) est paysagiste. Pas encore mariés, ils s’entendent suffisamment bien pour envisager de s’installer dans une maison en banlieue dans l’éventualité de fonder une famille et de l’agrandir. A l’invitation d’un agent immobilier incroyablement étrange, ils vont visiter une maison modèle dans un lotissement tout neuf appelé Yonder. Encore totalement inoccupé, l’endroit est une accumulation de maisons identiques avec jardins, qui s’étendent à l’infini. En dépit des avantages apparents (tranquillité, espace, confort), le couple décide de ne pas donner suite, mais leur guide a disparu, et lorsqu’ils tentent de regagner la sortie, ils se retrouvent systématiquement à leur point de départ. Piégés. Partant de cette hypothèse évoquant une version épurée de L’ange exterminateur, Lorcan Finnegan et son scénariste Garret Shanley déploient une fiction qui voit le couple soumis à la volonté de forces extérieures jamais montrées. Régulièrement approvisionnés en aliments et fournitures, Tom et Gemma reçoivent aussi un bébé, avec pour instruction de l’élever.

L’enfant grandit à une vitesse anormale, et sa présence intrusive modifie complètement leur fonctionnement et leur équilibre. Tandis que Tom, comme par un réflexe existentialiste, tente de creuser un trou dans l’espoir de trouver une issue ou un élément de réponse, Gemma est partagée entre l’instinct maternel et l’envie de tuer le rejeton qui semble programmé pour les irriter en les imitant. La priorité accordée au personnage d’Imogen Poots redéfinit la répartition des rôles à l’intérieur du couple. La question, c’est qui tire les ficelles? Pourquoi? Pas de réponse, évidemment, à part la révélation d’une mécanique auto régénératrice, basée sur la perpétuation en boucle. C’est très angoissant parce que dépourvu de tout espoir de rébellion, et en même temps délicieusement bien fait. A tel point que le film mûrit encore longtemps, et se prête à des visions répétées. Avec ses multiples ouvertures, il est bien plus riche et stimulant qu’il n’en a l’air. Avec le temps, il devrait non seulement bien vieillir, mais il a le potentiel de devenir un futur classique, entre conte de fées ténébreux et SF paranoïaque. G.D.

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