[BELIEVE THE HYPE] Deux ans après le succès-surprise de Get Out, qui jouait des codes du film d’horreur dans le cadre d’une fable satirique sur le leurre de l’acceptation sociale, Jordan Peele se devait de confirmer son sacre prĂ©coce de nouveau petit maitre de l’horreur U.S. Us, son second conte horrifique, s’est logiquement hissĂ© comme LE film d’horreur le plus attendu de 2019. Mettons fin au suspens tout de suite: Us s’impose bel et bien comme LA dĂ©flagration chaos que nous attendions depuis ce dĂ©but d’annĂ©e, et nous en sommes fort ravis.

Pour planter le dĂ©cor très rapidement, Us s’attache aux membres d’une famille brusquement attaquĂ©s en pleine nuit par leurs doubles, version psychopathes en blouses rouges, bien dĂ©cidĂ©s Ă  user de leurs paires de ciseaux dorĂ©s. Et comme il le faisait dans son Get out, Peele fait impeccablement durer l’exposition, le temps de prĂ©senter chaque personnage, avant de plonger tout son petit monde finement observĂ© dans un puits sans fond d’horreur et de situations (rĂ©ellement) dĂ©sagrĂ©ables. Croyez-nous, les termes montagne russe ou train-fantĂ´me que l’on sort Ă  toutes les sauces pour chaque nouveau film d’angoisse prennent tout leur sens devant Us. Comme un clin d’oeil, la sĂ©quence inaugurale se dĂ©roule en pleine fĂŞte foraine. Signifiante, elle se dĂ©roule dans le passĂ© du personnage incarnĂ© par Lupita Nyong’o (qui glissons-le en passant, offre une performance ahurissante) et c’est un flashback Ă  observer attentivement. C’est le premier d’une longue liste de (trop) nombreux retours en arrière jalonnant le rĂ©cit, suggĂ©rant que la clĂ© de l’énigme rĂ©side dans ces interstices.

Car oui, vous risquez de le lire partout mais c’est bel et bien vrai: il y a un twist final (un poil prĂ©visible, selon nous) qui aimerait prendre au dĂ©pourvu le spectateur inattentif. Mais Jordan Peele, qui sait pertinemment que nous ne sommes plus vraiment dupes avec ce genre de rĂ©vĂ©lation surprise, ne cherche jamais Ă  jouer au plus malin, misant toujours sur l’intelligence de celui qui regarde son film et ne faisant pas reposer tout l’enjeu sur ce simple coup de théâtre. Mieux, il exploite très habilement cet effet pour doper son film d’une Ă©nergie malsaine, rendant alors la vision encore plus inconfortable, et ce pour notre plus grand bonheur. Et, en affirmant, plus encore que dans Get Out, une prĂ©dilection jouissive pour le tordu chic et le viscĂ©ral crasseux, il lorgne vers les meilleures heures du cinĂ©ma mutant de David Cronenberg. Rien de moins.

On sort de la salle dans un Ă©tat second. PersuadĂ© qu’une seule vision n’a pas suffi Ă  Ă©puiser toutes les subtilitĂ©s. Et, surtout, convaincu que ce coup d’essai de Get Out n’était pas une hype passagère. Us propulse directement son auteur dans la catĂ©gorie des grands rĂ©alisateurs amĂ©ricains actuels. C’est un dĂ©fi lancĂ© Ă  Ari Aster (HĂ©rĂ©ditĂ©), autre toquĂ© d’horreur adulte qui devra lui aussi passer la seconde avec Midsommar (prĂ©vu pour cet Ă©tĂ©). Last but not least, les plus attentifs apercevront au dĂ©tour d’un plan un graffiti reprĂ©sentant un renard fixant l’un des protagonistes. Une belle façon de suggĂ©rer que le chaos se cache bien dans les dĂ©tails de ce formidable film qui devrait vous faire passer de jolies nuits blanches. Des nuits magiques, comme dirait Catherine.

GUILLAUME CAMMARATA

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