[LADY PALACE] Il y a près de huit ans exactement (autant dire un siècle), l’intrigante et assez chaos Eva Ionesco crachait un journal intime redessiné au crayon gras sur grand écran (My Little Princess), reposant avant tout sur un sacré règlement de compte avec sa propre génitrice. Tel un conte de fées devenu conte de faits, une marâtre poussait une petite princesse au désarroi: la marâtre, c’était Zaza en Irina Ionesco calmement sulfureuse, jouissant sans réserve derrière son objectif photo. La princesse, c’était Eva, devenue Violetta à l’écran, plus fleur sauvage que plante d’appartement, griffes dehors et langue bien pendue du haut de ses 11 balais démantibulés. Le portrait, pas du genre poli et enjolivé, était maladroit mais passionnant, foufou dans ce qu’il racontait, un peu moins par la manière dont il le faisait. Mais en soi, pas besoin d’en rajouter autour de cette histoire d’enfant-scandale exploitée contre son gré par sa môman sur des clichés photos dont personne ne voudrait aujourd’hui. Se terminant sur une fuite, My Little Princess ouvrait la voie à deux autres volets, promis par sa réalisatrice, mais hélas retardés. Entre-temps, deux livres (l’atroce Eva de Simon Liberati et Innocence, quant à lui écrit par la concernée) font leur apparition, continuant de creuser autour du mythe Eva, sans jamais chercher à dissiper totalement le brouillard. Pour le second opus, l’adolescence paillette succède à l’enfance salopée, laissant place aux années Palace retranscrites une fois de plus dans un mélange de fiction et de réalité bien rodé par son instigatrice. Dans Une jeunesse dorée, Violetta devient Rose, quittant la DASS qui la cloîtrait à la fin du premier chapitre. La fille-femme devenue femme-fille part se réfugier dans les bras de son amant, un peintre bohème qui l’emmène toutes les nuits au Palace au milieu des junkies et des drag-queens. C’est Paris 1979, avant la fin, avant le gouffre. Le même Paris que retranscrivait Yann Gonzalez dans Un couteau dans le cÅ“ur, certes en moins vrai mais en mieux. On pouvait reprocher une forme de rage malhabile dans My Little Princess: les carences restent, la rage dégage. Dans un autre rôle de marâtre, Zaza joue la mère de substitution toute aussi détestée, bourgeoise cochonne déambulant avec un mari dandy à moustache (insupportable Melvin Poupaud), toujours un verre à la main. On compte les clichés, les évidences. Ça passe le temps, ça ne pisse pas loin. Il y a un évident plaisir de reconstitution dans les scènes du Palace, arrosées d’une b.o haute en couleur (Video Killed the Radio Star des Buggles), mais ne constituant qu’une dizaine de minutes du film. Le reste? Une ambiance d’orgie mal branlée bon chic bon genre, où ça court en fourrure dans la forêt, où ça baise sur le tapis. On pourrait en rire, mais la batterie est très vite à court de jus. Rien ne marche, tout s’écroule. Même Zaza, rigolote quand elle se prend une gifle en voulant faire un bisou à sa rivale ou lorsqu’elle feint l’évanouissement, peine à renouveler un énième personnage de bourgeoise folle hautaine (rayez la mention inutile). Le sous-régime règne. La splendide photographie d’Agnes Godard, ciselant des tableaux à la beauté si simple, essaye de sauver les meubles, d’une scène à l’autre. Sauf qu’au premier plan, le couple Galatéa Bellugi/Lukas Ionesco (fils d’Eva jouant…l’amant d’Eva, tout va bien) n’irradie jamais et oublie l’essentiel: bien jouer. La prometteuse jeune actrice a beau forcer le trait en titi parisienne et ressembler comme deux gouttes d’eau à son modèle, c’est une souffrance de tous les instants. Jeunesse loupée.

JEREMIE MARCHETTI

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