[CRITIQUE] TRALALA de Arnaud & Jean-Marie Larrieu

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Vernon Subutex sous la pluie. Tralala, la quarantaine, chanteur dans les rues de Paris, croise un soir une jeune femme qui lui adresse un message avant de disparaitre: “Surtout ne soyez pas vous-même”. Tralala a-t-il rêvé? Pense-t-il avoir vu la Sainte-Vierge? Ni une ni deux, ce Boudu sauvé des eaux quitte la capitale et finit par retrouver à Lourdes celle dont il est déjà amoureux. Elle ne se souvient plus de lui. Mais une émouvante sexagénaire croit reconnaître en Tralala son propre fils, Pat, disparu vingt ans avant aux États-Unis. Tralala décide d’endosser le “rôle”. Il va se découvrir une nouvelle famille et trouver le génie qu’il n’a jamais eu.

Une comédie musicale sans tout le tralala, mais avec un peu de tralala quand même. Au départ, on craint le pire. Les premières images dévoilant un Mathieu Amalric en voie de clochardisation jouant un chanteur des rues qui s’accompagne au ukulélé et improvise des numéros musicaux direction Lourdes sous Covid font peur. Et si l’on aime les défis aventureux lancés par les Larrieu pour nourrir leur filmographie pyrénéenne (l’apocalypse romantique dans Les derniers jours du monde, le thriller à twist dans L’amour est un crime parfait), on redoute que là, ils se soient empêtrés dans une fausse bonne idée et qu’ils la creusent jusqu’au bout sans se rendre compte du désastre – le Jean-Jacques Annaud paillardo-outrecuidant de Sa Majesté Minor ne s’en est jamais remis! Pas sûr que le petit coucou de Denis Lavant, donnant au récit aux allures de réunion de troubadours-saltimbanques, aide à faire évoluer l’a priori. Si éloge de l’aventure et de l’indolence il y a, et ce dans l’écrin allumé de Lourdes, ville de naissance des frères réals à nouveau drôlement visitée après une farce mémorable de Jean-Pierre Mocky (Le Miraculé en 1987), le récit met quand même un certain temps avant de démarrer, la faute à un rythme trop lâche.

Il faut donc prendre son mal en patience avant de voir l’enjeu se déployer (celui d’un homme qui prend la place d’un autre) et les autres têtes d’affiche (Galatéa Bellugi en femme-énigme surréaliste, Mélanie Thierry en femme du disparu, Maiwenn en héritière malheureuse, Josiane Balasko en tenancière-DJ…) rejoindre Amalric. Ce qui sauve toujours les Larrieu, même lorsqu’ils se plantent (Le voyage aux Pyrénées en 2008, que tout le monde a bien fait d’oublier), c’est qu’ils aiment leurs acteurs (qui le leur rendent bien) et qu’ils ont le sens de l’humour (ce qui suffit à les rendre sympathiques). Et c’est un peu le cas sur ce coup où les interactions d’acteurs aident à ce que Tralala trouve enfin le bon tempo. C’est dans son dernier tiers qu’il parvient à nous amuser avec ses expérimentations (du rap au disco, tout un éventail de la chanson française) et qu’il communique, même tardivement, sa douce euphorie. Les spectateurs les plus aventureux se souviendront longtemps de cette apparition-enluminure hilarante de Josiane Balasko (qui chante vraiment, comme tout le casting d’ailleurs) ou encore de cette soirée disco où chacun y va de son pas de danse. Et les plus mélomanes goûteront aux belles mélodies de Philip Katerine (toutes les chansons de Amalric), d’Etienne Daho (de Maiwenn), de Dominique A (de Balasko), de Jeanne Cherhal (de Mélanie Thierry) ou encore de Bertrand Belin, qui joue le frère rival et qui chante bien. La vraie épiphanie du film, c’est lui. T.A.

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