Tout le monde en parle, comme dirait l’homme en noir. JP, un acteur raté de 40 ans, décide d’organiser la première grosse marche de contestation noire en France, mais ses rencontres, souvent burlesques, avec des personnalités influentes de la communauté et le soutien intéressé qu’il reçoit de Fary, le font osciller entre envie d’être sur le devant de la scène et véritable engagement militant…

Jean-Pascal Zadi, Candide pas si candide des temps modernes. Vous l’aurez compris, c’est LE film dont tout le monde parle et sur lequel tous les professionnels de la profession fondent leurs espoirs. Tout d’abord, parce que les salles ne sont pas franchement remplies de chez remplies, faute de films réellement porteurs. Ensuite, parce que la bande-annonce, efficace, mettant en avant le casting costaud de guests-potes (Fary, Eric Judor, Claudia Tagbo, Mathieu Kassovitz, JoeyStarr, Vikash Dhorasoo, Fabrice Eboué, Lucien Jean-Baptiste, Soprano…), a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, laissant d’ailleurs augurer à tort d’une comédie aux allures de long sketch pour la chaîne Comédie!. Enfin, parce que, involontairement, ce film-là plonge à pic dans un réel sous tension, à l’heure des manifestations mondiales pour dénoncer le racisme et les violences policières, et que sa forme de faux documentaire favorise une proximité avec autant de ces sujets brûlants. Donc aguicheur. Tout simplement noir a beau avoir été imaginé en 2015 pour interroger le communautarisme, l’identité noire française; il se révèle brusquement rattrapé par l’actualité. Et c’est paradoxalement un piège trop grand pour lui…

On a d’ailleurs un peu peur que cette actualité prenne finalement le pas sur (et prête de fausses intentions à) ce petit film grinçant dont l’ambiguïté (volontaire) risque d’être mal comprise à l’heure du tout-premier degré, des conflits claniques et des guéguerres hystériques sur Twouitère. C’est l’été, on se calme, on boit frais et on ne perd pas de vue qu’il s’agit avant tout de raconter un parcours à la première personne, en l’occurence celui d’un Candide affolé par les happenings qui buzzent dans l’émission Touche Pas à Mon Poste, qui à l’aube de la quarantaine tente de rallier les stars de la communauté noire dans l’Hexagone à une grande marche parisienne afin de dénoncer le racisme dont il se dit victime. Et se trouve confronté à des réactions pour le moins contrastées (plus qu’il ne l’avait imaginé), persuadé qu’il réussirait à fédérer sur la simple couleur de peau. Alors que non.

Soit une critique, et non un éloge, du communautarisme («Dire ‘Je suis noir’ ne veut rien dire. Et le film tente de le démontrer pendant une heure et demie», rappelle-t-il en interview) dont l’humour très méchant, tantôt absurde (le casting par Mathieu Kassovitz), tantôt acide (la conversation Fabrice Eboué-Lucien Jean-Baptiste qui dégénère au restaurant), tantôt malaisant (la séquence Dieudonné!), envoie du bois question terrains glissants. Et se révèle ainsi bien plus percutant que ce que la simple succession de guests du teaser (retweeté et like à l’envi) ne suggérait au prime abord. D’autant qu’à la fois frondeur et gauche, attachant et irritant, le double fictif de Jean-Pascal Zadi ne se donne jamais le beau rôle pétri d’angélisme, il ne masque clairement pas ses réflexions à brûle-pourpoint à côté de la plaque ni son opportunisme aussi contemporain que répandu, inhérent à son envie de se servir d’une cause pour faire décoller sa carrière qui patine.

C’est, à notre sens, l’autre bonne surprise: s’il ne s’épargne pas du tout, Jean-Pascal Zadi n’épargne personne. Et à ce titre, on saluera la perf casse-gueule de Fary, d’une autodérision réjouissante. Certes, on pourra regretter une forme inévitablement limitée (difficile de faire inventif en termes visuels avec le style vrai-faux docu ou de ne pas faire des entorses au concept). Mais tout le monde sera en revanche d’accord pour tresser des lauriers à son auteur, vrai poil-à-gratter aux multiples talents (acteur, co-réalisateur, scénariste) à revendre. Si son coup d’essai cartonne dans le désert estival (ce qu’on lui souhaite), l’avenir lui appartient. J.F.M.

A LIRE. Qui es-tu Jean-Pascal Zadi?

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