[ÇA ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS] Il y a deux origines à Tous les dieux du ciel: un court-métrage d’abord, Un ciel presque trop bleu, dont il se revendique une version longue avec la même équipe. Et celle, beaucoup plus chaos, en amont des deux films: à l’occasion d’un shoot photo, Quarxx découvrit lors d’une escapade à la morgue, le corps d’une jeune femme qui avait été longuement et férocement gardé par son frère avant et après sa mort, sans savoir le pourquoi du comment. Parti sur cette base sordide, il croque une œuvre aussi étrange, qui pique sa tente dans les tréfonds de la campagne française.

Simon, un vieux garçon patibulaire, veille sur sa sœur, défigurée et paralysée depuis son plus son jeune âge en raison d’un accident (dont l’illustration crispera d’ailleurs plus d’un spectateur!). Quand il ne s’occupe pas d’elle, il s’adonne à d’étranges passe-temps et semble attendre inlassablement quelque chose venu des cieux, qui le sauvera lui et sa sœur de cette vie mortelle. Mais au vu de son tempérament, Simon est peut-être aussi un monstre se raccrochant à des lubies imaginaires. Et ça, ce sera à vous de le découvrir…

Comme beaucoup de surprises nationales récentes, on ne cache son plaisir de voir un film de genre français très soigné et à des kilomètres de toutes références ricaines, appréciant plutôt la quiétude putride de la France profonde et savourant une galerie de gueules tordues façon Bruno Dumont/Fluide Glacial, sans toutefois faire preuve de la même condescendance que le réalisateur de Ptit Quinquin. Du Welz période Calvaire n’est pas loin, avec ce même cocktail de sensibilité abrasive, d’humour (très) à froid et de dérapage malsain, sans toutefois s’abîmer dans la surenchère. Avec son beau scope fort bien maîtrisé et ses nombreux échappées esthétisantes (et sans être cheap, alléluia), Tous les dieux de la terre se réclame plus du film atmosphérique déglingué que du thriller baroque balancé à fond de train.

Prise en sandwich entre un Jean-Luc Couchard inquiétant (et qu’on avait justement déjà vu chez Du Welz) et une lolita inopinée capable de voir des fantômes, l’incroyable Melanie Gaydos ne dit mot mais frappe les esprits à chaque apparition. Mannequin atteinte de dysplasie ectodermique (une malformation physique lui donnant cette peau fine et translucide proche du latex), elle n’hésite pas à porter un rôle sacrément difficile sur ses épaules, silhouette immobile gagnant petit à petit du terrain au fil du métrage. Si le concept du court changé en long fait indéniablement partie des sacrés tares du ciné de genre français, il faut avouer qu’on se laisse porter par l’ambiance apocalyptique du film, tout en constatant que beaucoup de points sont laissés à l’abandon malgré les prolongations! Quid de ses voisins débilos qu’on aperçoit le temps d’une scène? Ou des parents des héros, aperçus dans un flash-back puis disparaissant à nouveau? Au rayon grinçage de dents, quelques visions trop démonstratives manquent de foutre le film par terre lors de sa dernière partie, alors qu’on en appréciait l’ambiguïté jusqu’ici revendiquée. On râle un peu oui, mais rien qui ne gâche totalement ce film à la patte bien marquée, à la fois inconfortable et attachant.

JEREMIE MARCHETTI

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