[CRITIQUE] TOUCH ME NOT de Adina Pintilie

Laura écoute et communique avec son interlocuteur. Elle observe, analyse, mate à l’occasion. Mais elle ne le touchera pas. Et ne laissera aucun contact parvenir à elle sans autorisation – une distance, une limite doivent être instaurées. Derrière sa caméra, la réalisatrice Adina Pintilie l’interroge, la rejoint parfois. Pour trouver une solution, pour se trouver elle-même, pour trouver l’autre. Dans un hôpital où Laura va voir son père – le nÅ“ud du problème suppose t-on – elle croise le regard de Tomas et de Christian, qui vont, eux aussi, s’ajouter à cette ronde se jouant à travers des sexualités tantôt nouées, tantôt libérées. Mais Laura, cette femme craintive, est-elle une chimère, ou est-ce réellement la Laura Benson qui l’incarne (vu autrefois dans Hôtel de France de Chéreau) ? Si le point de départ de Touch Me Not vous paraît nébuleux, c’est normal, tout est fait pour. Un peu à tort. Apprenant soudain que la sexualité ne s’arrête pas à un homme et une femme taille mannequin baisant en missionnaire, Adina Pintilie s’offre une enquête mêlant fiction et documentaire, faisant dès lors vaciller le point d’ancrage du spectateur dès les premières minutes. Ce qui aurait pu occasionner un trouble rend la chose, pourtant attrayante dans l’idée, assez pédante, pour ne pas dire prétentieuse, le tout baignant dans une lumière clinique certes très esthétique, mais aussi à la limite du achtung achtung. Heureusement pour nous, le regard de Pintille est plus curieux et bienveillant que voyeur et malsain, même lorsqu’il se loge dans les caves d’un club sm. Mais au feel good d’un Shortbus (John Cameron Mitchel, 2006), Touch Me Not préfère ressembler à une séance d’auscultation, parfois trop écrite pour son propre bien, baignant dans un mood très «Arte c’est la Nuit» (on adore Arte hein, mais vous aurez compris le topo). Là où le film réussit, c’est justement quand il se passe de ses blabla introspectifs et méta, pour laisser parler ses invités. Courageux, Touch Me Not part filmer les corps refusés, niés, cachés. Celui d’une femme à la cinquantaine passée; celui glabre de la tête au pied de Tomas Lemarquis; celui d’une prostituée devenue trans sur le tard, personnage chaleureux et savoureux offrant une légèreté bienvenue; et surtout celui de Christian, un garçon lourdement handicapé que Pintille filme sans rechigner dans le blanc des yeux. Sans une once de pitié, elle offre à travers lui la figure la plus épanouie et la plus pure de son long-métrage, réussissant là où le rentre-dedans mais maladroit Indésirables de Philippe Barassat (2015) se prenait les pieds. C’est là l’essence chaos du projet, pétrissant notre gêne, notre refus de voir, notre ouverture d’esprit, comme rarement on l’a déjà fait ailleurs. C’est pourquoi, malgré l’Ours d’Or au bout, les sièges au festival de Berlin ont claqué ! J.M.

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