En bref. Composé de méchants ayant utilisé leurs super-pouvoirs pour des activités illicites, voire criminelles, et désormais incarcérés, le «Suicide Squad» se mobilise pour des opérations commanditées par le gouvernement américain. La dernière en date expédie Bloodsport, Peacemaker, Captain Boomerang, Ratcatcher 2, Savant, King Shark, Blackguard, Javelin et Harley Quinn sur l’île tropicale de Corto Maltese (rien à voir avec le héros de Hugo Pratt), tous invités à traverser une jungle qui grouille d’adversaires et de guerilleros à chaque tournant. Surtout, un coup d’Etat a mis en place un régime hostile aux États-Unis, et possèderait une arme secrète redoutable…

Popcorn reborn. On n’avait pas vraiment envie de s’infliger The Suicide Squad, suite non-assumée du film de 2016 (le «The» du titre en guise de trompe-l’œil), ébouriffant ratage désavoué par son réalisateur David Ayer. Un désintérêt conforté à la suite de l’annonce de James Gunn aux commandes du projet. La carrière de l’ex-enfant terrible du cinéma bis américain, passé par l’école Troma, avait effectivement pris des contours inquiétants après son passage au sein de l’écurie Marvel: on lui doit deux doudous atrocement régressifs, Les Gardiens de la galaxie 1 et 2. Il faut cependant croire que le vilain garnement, co-auteur d’une variation gore, camp et fauchée d’un fameux texte de William Shakespeare (Tromeo and Juliet, 1996) n’était pas mort et enterré. En passant chez l’ennemi DC pour adapter Suicide Squad, James Gunn a retrouvé dans l’imaginaire tordu et loufoque de l’œuvre de John Ostrander, le terreau (ré)créatif de ses premières productions.

Malgré ses 185 millions de dollars de budget, The Suicide Squad est plus proche de l’esprit «affreux sale et méchant» d’Horribilis et Super que de ses faits d’arme stéréotypés et ordonnés pour Marvel. Dès les premières minutes, James Gunn donne le ton. Au diable l’habituelle exposition plan-plan des enjeux et protagonistes des films de super-héros, le réalisateur jette rapidement en pâture sa bande de super-vilains, massacrée dans sa quasi-intégralité par les hommes de main du nouveau dictateur de l’île de Corto Maltese. Le spectateur a à peine le temps de reprendre son souffle, que James Gunn dédouble sur le même rythme effréné sa scène d’exposition, afin de révéler l’existence d’une deuxième équipe de super-vilains. Composée de Bloodsport, Peacemaker, King Shark, Polka-Dot Man et Ratcatcher, elle se montrera plus chanceuse.

Avec ses sauts narratifs et son montage anarchique, The Suicide Squad adopte une forme impure et désarticule plus d’une décennie de films de super-héros. James Gunn balaie l’attitude cool des Avengers et l’emphase solennelle de la Justice League pour façonner une nouvelle idole: le chaos. Un changement de paradigme du genre roi d’Hollywood impactant l’esthétique même du film. The Suicide Squad épouse la singularité de chacun de ses protagonistes à travers des choix de mise en scène inédits dans ce type de blockbuster. Au cœur de l’action, la caméra s’accorde à la force surhumaine de Peacemaker par l’intermédiaire d’un travelling circulaire tournant autour de son casque. Un peu plus tard, elle illustre la folie d’Harley Quinn en faisant apparaitre des fleurs et autres motifs irréels à l’écran. Ou bien, moment de grâce, elle déploie un flashback en surimpression sur les vitres d’un autobus pour narrer le passé bouleversant de Ratcatcher.

Par ces différents choix artistiques, The Suicide Squad provoque une proximité avec ses personnages qui n’a rien de superficielle et se sauve du cynisme en laissant poindre l’émotion. On est loin des statues de la mythologie grecque auxquelles nous avaient habitué Zack Snyder et les frères Russo. James Gunn y oppose une poésie, celle de ses personnages, des misfits aux pouvoirs peu glamour (Polka-Dot Man lance des pastilles colorées, Ratcacher contrôle des rats, King Shark est un requin anthropomorphe débile), qui auraient eu droit en temps normal à une place secondaire, voire tertiaire dans une production lambda. C’est là toute la beauté de The Suicide Squad, faire acte de résistance dans un engrenage de films standardisés à outrance, être le film-glitch d’un système trop bien huilé. M.B.

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