[CRITIQUE] THE ROOM de Christian Volckman

Quatorze ans après Renaissance, son ambitieux premier long métrage d’animation en motion capture, Christian Volckman revient avec un thriller de SF qui revisite de façon très alerte et personnelle le thème très classique de la lanterne magique. Cette fois, c’est une chambre qui réalise des vœux dans un contexte particulièrement résonnant aujourd’hui puisqu’il s’accompagne d’isolement, sinon de confinement, pour le couple de personnages principaux.

Kate (Olga Kurylenko) et Matt (Kevin Janssens, vu dans Les Ardennes) s’installent au milieu de nulle part dans une ancienne maison, encore en cours de rĂ©amĂ©nagement. Ils ont choisi de vivre loin du monde parce que lui est artiste, et elle peut très bien exercer son mĂ©tier de traductrice Ă  distance. Ils s’accommodent d’autant mieux de leur condition qu’ils dĂ©couvrent dans la maison une pièce qui a le pouvoir d’exaucer tous les vĹ“ux: champagne, caviar, pognon, toiles de maĂ®tre… Après une pĂ©riode d’euphorie, Kate tente de demander ce que la nature leur a refusĂ©: un bĂ©bĂ©. En mĂŞme temps, Matt dĂ©couvre que rien de ce que produit la pièce ne peut quitter la maison sous peine de vieillir Ă  vitesse accĂ©lĂ©rĂ©e avant de tomber en cendres. L’inquiĂ©tant troisième acte voit exploser un conflit qui inspirera des stratagèmes de plus en plus improbables, figurĂ©s par des extensions alĂ©atoires et quasi abstraites Ă©voquant la gĂ©omĂ©trie impossible d’Eischer.

En dépit de ressemblances superficielles avec Vivarium (le couple piégé, un enfant non naturel), les deux films vont dans des directions opposées, le premier étant un cauchemar absurde alors que tout ce qui arrive au couple de The room résulte de ses propres choix. Il y est question de désir, de conflit entre avoir et être et du besoin de laisser une trace. Il y a aussi la nécessaire soumission à un ordre qui définit des limites, mais là aussi, les personnages ont une certaine marge de manœuvre. Et Volckman semble avoir trouvé une cohérence forte entre ce thème et la forme de son film, dont les contraintes budgétaires ont déterminé un certain nombre de choix, comme l’unité de lieu. Le cinéaste s’en sert à son avantage notamment en compensant l’absence quasi totale d’effets spéciaux par une mise en scène très précise, où chaque détail a son importance pour donner du sens, tout en accordant aux acteurs la liberté du mouvement et de la spontanéité. Le résultat laisse espérer que le prochain Volckman arrivera avant 14 ans. G.D.

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