Robert Pattinson halluciné / La dernière image du film devrait vous laisser dans le même état

The Lighthouse se passe dans une ile lointaine et mystérieuse de Nouvelle Angleterre à la fin du XIXe siècle, et met en scène, dixit le résumé officiel, une “histoire hypnotique et hallucinatoire” de deux gardiens de phare. Comment se surpasser après avoir signé un premier film aussi tétanisant et maitrisé que The Witch? Comment proposer de l’horreur adulte intelligente et conjuguer ses phantasmes cinéphiles avec les attentes du public? A ces questions, Robert Eggers semble avoir répondu: en ne changeant rien au fond, et en radicalisant au maximum la forme, afin d’offrir un nouveau conte horrifique fortement expérimental. Du genre à imprimer la rétine d’images traumatisantes que nous ne sommes même pas certains d’avoir vus et à exploser nos tympans de sons infernaux que nous n’avons peut-être même pas entendus.

De quoi imposer avec pareil synopsis une base esthétique extrêmement forte. Robert Eggers profite de la hype de son premier long métrage pour exiger de remplacer le numérique plus économique par de la bonne vielle pellicule et des objectifs camera d’un autre temps afin de rendre ce conte en noir et blanc encore plus authentique et intemporel. Le travail sur l’image est d’ailleurs, de la première à la dernière image, totalement impressionnant. Pour vous en convaincre, revoyez donc quelques vieux films des années 30-40 comme The long voyage Home de John Ford pour constater à quel point le film semble avoir été tourné durant la même période. Bob traque la forêt ensorcelée pour un petit ilot perdu dans la brume sur lequel repose un long et terrifiant ph(allus)are. C’est à dire, limiter au maximum l’espace d’évolution des personnages afin de faire ressentir encore plus intensément leur impuissance face à cet inconnu-familier qu’est la mer entourant cette minuscule île ou la folie semble avoir posé bagage. Enfin, il exacerbe le moindre aspect sonore du film. Du bruit des vagues aux vrombissements infernaux des moteurs qui entretiennent le fonctionnement du phare jusqu’aux pets bien gras que lâche ce vieux salaud de Willem Dafoe. Là aussi, du début à la fin, une sensation d’orgasme sonore va toucher vos oreilles et leur jeter un sort. C’est simple, on n’avait pas constaté de manière aussi perceptible un traitement aussi singulier du son que depuis les derniers les délires cinématographiques de ce cher Philippe Grandrieux (Sombre) autre cinéaste radical dont se réclame volontiers Robert Eggers.

Il y a ce duo fascinant de marins isolés, constitué de Thomas Wake (Willem Dafoe) et Ephraïm Winslow (Robert Pattinson). Tous les deux excellents, le premier semblant prendre un malin plaisir à avoir l’ascendant sur l’autre en lui faisant faire les taches le plus ingrates et en le privant d’accès au sommet du phare et à sa mystérieuse lumière qui semble contenir toute la jouissance que doit sans cesse refréner le pauvre second. Celui-ci, soumis aux ordres de son supérieur colérique et alcoolo trouve entre deux corvées de rares moments d’évasion dans la branlette, avec pour seule source d’inspiration une statuette en bois représentant une sirène. D’un film à l’autre, Eggers laisse la menace de la sorcière se substituer à celle de la créature des mers qui hante les eaux noires, celle-là même que la lumière du phare ne semble pouvoir traverser. Ce n’est pas la seule figure des mythes marins qui sera évoquée tout le long du film mais c’est certainement celle qui fera le plus écho au précèdent film du beau Bob. À cela, apportez une conclusion encore plus ambiguë et cruelle, et vous obtiendrez le conte fantastique le plus passionnant de l’année qui ferait presque passer le coup d’essai du cinéaste pour un simple brouillon. Alors oui, ça ne plaira pas à tout le monde et re-oui, il y a encore des soucis de rythme et des tics scénaristiques comme métaphoriques un poil trop surlignés. Toutefois, il serait tout de même bien fort de café de laisser ces quelques menus défauts entacher la totalité d’un film monstre et monstrueux dont la dernière image devrait vous hanter durablement. Chaos à la mer. G.C.

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