Game over. Plusieurs individus aux opinions politiques assez droitières se réveillent bâillonnés en pleine nature. Ils comprennent rapidement qu’un groupe de riches «libéraux» (au sens anglo-saxon du terme) les ont pris comme proies pour une partie de chasse à l’homme, confirmant ainsi une théorie du complot que plusieurs d’entre eux avaient relayée auparavant sur la toile. Tandis que les cadavres s’accumulent, Crystal (Betty Gilpin), une mystérieuse jeune femme, retourne la situation à son avantage en éliminant ses chasseurs un par un.

Le dernier des films maudits. Co-écrit par Damon Lindelof et son proche collaborateur Nick Cuse dans la foulée de The Leftovers (2014-2017), The Hunt s’inscrit pleinement dans l’horizon thématique de la série sus-mentionnée (et, dans une moindre mesure, dans celui de Watchmen), abordant de nouveau la question passionnante du pouvoir destructeur de la croyance sur le réel. Une fois encore, Lindelof montre l’impossibilité des hommes à faire face au chaos, chacun se fourvoyant à sa manière dans une croyance ou une histoire qui donne un sens spécifique à sa vie et au monde. Ce réflexe n’est pas l’apanage d’un quelconque bord politique, le complotisme étant dans le film un dénominateur commun aux deux «camps». The Hunt montre comment les gens choisissent de croire en ce qu’ils font, comment cela les définit, et ce qu’ils sont prêts à faire au nom de leurs croyances.

Chaque individu est prêt à avaler n’importe quoi concernant l’autre camp dès lors que cela nourrit sa propre idéologie, quand bien même l’information en question serait ridicule, cultivant une haine qui finit par agir concrètement sur le réel. Cela se traduit dans le film par le fait que cette fameuse «chasse», totalement improbable, vient d’abord de la surinteprétation littérale d’une blague faite par «Athena» (déesse de la guerre, référence peu subtile et néanmoins très parlante dans le contexte) sur un groupe de discussion avec ses amis «libéraux». Ayant perdu son travail pour cette plaisanterie privée politiquement incorrecte, elle décide de se venger des «déplorables» complotistes qui lui ont coûté sa place, en faisant de sa blague une réalité.

En fin de compte, chacun y va de son orgueil pour avoir le dernier mot et le monopole du vrai, quitte à pousser les curseurs à fond, sans aucune nuance. Lindelof arrive ainsi à capturer cette idée très prégnante aujourd’hui, notamment sur les réseaux sociaux, qu’il faille choisir un camp ou l’autre de façon totale et définitive, sans aucune possibilité d’avoir une position nuancée, voire même de ne pas avoir de position du tout. Chacun y va de son «test de pureté», pour reprendre une expression du scénariste, aboutissant in fine à l’inévitable réduction de la pensée au «clivage». Du coup, pratiquement tous les personnages du film sont de gros abrutis bouffis d’orgueil et de préjugés, avec lesquels Lindelof et Cuse s’amusent beaucoup. La première demi-heure est à ce titre drôle, jouant avec l’attente d’identification du spectateur pour enchaîner les mises à mort ultra violentes, la focalisation butinant d’idiot en idiot jusqu’à l’énigmatique Crystal, jouée par Betty Gilpin.

Même si la prestation de l’actrice est hilarante (entre la brave fille sans histoire du Mississippi et la machine de guerre badass), le film devient plus prévisible dès qu’il choisit de se focaliser entièrement sur elle, allant même jusqu’à tomber dans un horizon programmatique. Le bordel ironique et satirique s’estompe ainsi au profit d’un enchainement de séquences plus poussives, les répliques-punchlines servant plus à cocher des cases (les migrants, les armes, l’assistanat…) qu’à créer de vrais personnages. C’était le risque de la démarche, que l’on peut néanmoins nuancer dans la mesure où le film assume clairement son absence de finesse, ainsi que son réinvestissement de stéréotypes divers et variés (c’est même l’un de ses sujets). P.H.

A LIRE. La malédiction The Hunt

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici