[VITE VUS 🔮] “The Eternals” de Chloe Zhao, “Doutes” avec Muriel Robin & “Compartiment n°6” de Juho Kosmanen

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Séances de rattrapage pour The Eternals de Chloe Zhao, Compartiment n°6 de Juho Kosmanen et Doutes de François Hanss. 

Commençons ce Vite Vus par The Eternals (☆) de Chloe Zhao (cinĂ©ma). C’est quand mĂȘme Ă©tonnant de constater Ă  quel point ce film perd sa crĂ©dibilitĂ© de blockbuster-film d’auteur (rĂ©alisĂ© par l’oscarisĂ©e ChloĂ© Zhao) et ce dĂšs les premiers instants. DĂšs la premiĂšre scĂšne d’action, lessivĂ©e de combats idiots, oĂč chacune des divinitĂ©s se prĂ©sente, et introduit ses pouvoirs, sans trop y croire. On a connu des cinĂ©matiques de jeux vidĂ©o de combats mieux rĂ©alisĂ©s que ça. La maniĂšre qu’ils ont d’appliquer leur chorĂ©graphie est si peu dirigĂ©e, si caricaturale qu’on dirait parfois une rĂ©pĂ©tition prĂ©-tournage, ou des images making-of. Les interventions d’Angelina Jolie et de Salma Hayek s’apparentent Ă  du jeu de rĂŽles pour Halloween. Et le reste du casting, moins connu, suit le tempo. Logiquement, la direction d’acteurs est un des points, sinon le point le plus important dans la rĂ©alisation du Marvel Movie. Ici, il est inexistant. Ensuite, on pourrait dire ce qu’on veut du contenu: qu’il Ă©voque des sujets graves comme la discrimination (matĂ©rialisĂ©e par la prĂ©sence des DĂ©viants, une sorte d’émanation de la contre-culture) ou que les CĂ©lestes, les crĂ©atures divines, sont finalement beaucoup trop essentialistes (donc pas assez tolĂ©rants : leur objectif Ă©tant de devenir humaniste), on a peine Ă  croire en tout ça tant la mise en scĂšne est pauvre et artificielle. Au final, Les Éternels confirme ce qu’on pensait dĂ©jĂ  de ChloĂ© Zhao en janvier dernier avec le surfait Nomadland: de la bonne grosse boursouflure. S.R.

Compartiment n°6 de Juho Kosmanen (★★★), en salles ce mercredi (cinĂ©ma), a obtenu le Grand Prix Ă  Cannes et on comprend facilement pourquoi: il y a quelque chose d’à la fois simple, universel et dĂ©paysant dans cette histoire d’étrangers qui se rencontrent dans un train, le temps d’un voyage. AdaptĂ© du roman du mĂȘme nom, le film suit Rosa, une Finlandaise qui Ă©tudie l’archĂ©ologie Ă  Moscou dans les annĂ©es 90. Elle croit avoir trouvĂ© une forme de stabilitĂ© dans la relation qu’elle entretient avec sa prof Irina, jusqu’au moment oĂč elle se retrouve seule Ă  entreprendre un voyage en train pour aller Ă©tudier les ptĂ©roglyphes Ă  Mourmansk, la ville la plus au Nord du cercle arctique. Seule et dĂ©semparĂ©e, Rosa dĂ©couvre avec horreur qu’elle doit partager son compartiment avec un jeune Russe au crĂąne rasĂ© et aux maniĂšres  agressives. Au fil du voyage, qui dure plusieurs jours et nuits, les deux s’habituent l’un Ă  l’autre, Vadim se rĂ©vĂ©lant beaucoup plus vulnĂ©rable et bienveillant qu’il n’en a l’air. Le rĂ©alisateur finlandais Juho Kosmanen maintient un juste Ă©quilibre entre les personnages et leur environnement, Ă©vitant le huis-clos trop prononcĂ©, sachant mĂ©nager les pauses et les Ă©chappĂ©es. Mais ce sont surtout les personnages, trĂšs sensiblement interprĂ©tĂ©s, qui rendent le film attachant, et illustrent aussi bien que jamais l’idĂ©e que l’important n’est pas le but, mais le voyage. G.D.

Sinon, on Ă©tait assez curieux Ă  l’idĂ©e de voir Doutes (★★), tĂ©lĂ©film de François Hanss (TV – Arte). Un thriller psychologique initialement Ă©crit pour le thĂ©Ăątre. Muriel Robin y tente ce qu’elle avait dĂ©jĂ  tentĂ© dans Marie-Line de Mehdi Charef – elle y jouait une responsable raciste d’une unitĂ© de nettoyage qui tyrannise les femmes de mĂ©nage. A savoir un contre-emploi (aprĂšs bien des efforts mĂ©ritoires dans des tĂ©lĂ©films TF1, de Marie Besnard Ă  Jacqueline Sauvage) pour oublier cette dimension comique qui lui colle tant Ă  la peau pour atteindre cette dimension tragique tant recherchĂ©e depuis des annĂ©es, comme ses grands modĂšles Jacqueline Maillan ou Annie Girardot. Et dans ce huis clos trĂšs Ă©crit, la Robin y parvient. Elle incarne une rĂ©dactrice en chef, prĂ©sentatrice d’une Ă©mission d’investigation Ă  succĂšs qui ressemble en apparence Ă  la pugnace Elise Lucet, qui est mariĂ©e au producteur de l’émission et qui est Ă  l’apogĂ©e de sa carriĂšre lorsque, patatras, les rĂ©vĂ©lations d’une jeune femme (Elodie Wallace, qui a co-Ă©crit le scĂ©nario avec Anne-Claire Jaulin, inspirĂ© de son histoire personnelle) provoquent le chaos dans sa vie. Face Ă  des rĂ©vĂ©lations douloureuses, la Mumu dĂ©cide de mener une enquĂȘte personnelle, au risque de tout perdre. Pour finalement gagner autre chose?

Le teaser, rĂ©vĂ©lĂ© il y a plus d’un mois, Ă©tait assez glaçant, ne dĂ©voilait pas grand-chose de l’enjeu, volontairement, donnant juste Ă  voir des silhouettes Ă©parses et une Robin menaçante sur une musique anxiogĂšne. Confirmation aprĂšs avoir vu le rĂ©sultat qu’on n’est pas lĂ  pour rire. Le sujet est dur, le ton assez dĂ©rangeant, la bande-son d’Alex Beaupain dĂ©cline Quelque chose dans mon coeur, une chanson d’Elsa des annĂ©es 80, comme un souvenir obsĂ©dant et douloureux qui revient de loin; et c’est Ă©videmment Muriel, l’atout le plus sĂ»r de cette entreprise, parce qu’elle la porte pour dĂ©noncer ce qui anĂ©antit une existence. Avec sa notoriĂ©tĂ© mais aussi et surtout son courage, la comĂ©dienne donne tout, se frotte Ă  un sujet dur, laisse la parole Ă  la victime, aux victimes; et, dans ce dĂ©cor thĂ©Ăątral, artificiel, qui pourrait a priori nous tenir Ă  distance (on est toujours Ă  deux doigts d’un surplomb grotesque qui, paradoxalement, ajoute au malaise), elle instille, Ă  elle-seule, une vĂ©ritĂ© terrible Ă  ce monstre de froideur, dont la carapace se fissure. Comme une victime collatĂ©rale de l’horreur, perdue dans la nuit d’un dĂ©sastre inouĂŻ, touchant le fond pour y voir plus clair. En une heure, c’est juste la fin d’un monde, qui s’Ă©croule pour de bon. Pour les curieux, c’est disponible sur Arte Tv (cliquez ici).

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