[critique] The coast guard de Kim Ki-duk

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En Corée du Sud, une base militaire sur la côte veille à ce qu’aucun espion de Corée du Nord ne pénètre dans le pays. Le soldat Kang prend tout cela très à cœur : il ne vit en fait que pour une chose, pouvoir abattre un espion nord-coréen. Un soir, croyant en apercevoir un, Kang ouvre le feu et pour ne laisser aucune chance à sa cible, lance même une grenade. Une fois rendu sur place avec son unité, le jeune obsédé de la gâchette découvre que l’homme qu’il a abattu est un pêcheur du coin qui était en train de faire l’amour avec son amie. En situant son film dans une base militaire sur une côte où des bidasses doivent veiller à ce qu’aucun espion de Corée du Nord ne pénètre dans le pays, Kim Ki-duk a puisé dans ses expériences personnelles (il a fait cinq ans de service militaire). Grâce à cela, il édifie une fiction aussi ambitieuse que réussie. Opposant dans un prologue tendu le stoïcisme des militaires et l’hédonisme des pêcheurs, le réalisateur sud-coréen annonce par petites touches une tragédie qui va toucher une zone sensible Et la catastrophe éclate, sauvagement. Plus rien ne sera comme avant. En nous faisant assister à cet incident barbare – d’une violence inouïe -, Kim Ki-duk résume en une poignée de minutes la situation et laisse ses protagonistes évoluer au gré des événements.
En sondant l’atmosphère délétère qui se dégage de ce théâtre de l’absurde, Kim Ki-duk, qu’on savait esthète raffiné, montre qu’il n’est pas que bon à filmer des lacs brumeux et le tumulte des passions. Aux antipodes des contemplations mirifiques de L’île ou de Printemps, été, automne, hiver et… printemps, The coast guard, parabole cruelle et ironique sur une Corée paranoïaque, opte pour le réalisme cru et devient par l’addition de scènes magnifiques un plaidoyer antimilitariste absurde et tripal qui rappelle, en aussi bien, le Joint security area de Park Chan-wook.

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