[LAUREL ET HARDY FONT L’ANGLETERRE!] Royaume-Uni, annĂ©es 50. DĂ©laissĂ©s par les grands studios amĂ©ricains, nostalgiques de leur gloire d’antan, Stan Laurel et Oliver Hardy sont forcĂ©s de remonter sur les planches de music-hall pour prouver aux producteurs que leur talent est intact et ainsi financer leur come-back au cinĂ©ma…

Depuis longtemps entrĂ© au PanthĂ©on des acteurs comiques, aux cĂ´tĂ©s de Buster Keaton, Charlie Chaplin ou Harold Lloyd (pour ne citer qu’eux), le cĂ©lĂ©brissime duo aura apportĂ© au cinĂ©ma burlesque certains de ses plus beaux moments de bravoure. Au cours de leur prolifique carrière, les deux artistes ont dĂ©veloppĂ© une vĂ©ritable synergie, deux corps fusionnant en une seule entitĂ© gaguesque, souvent filmĂ©e avec une grande simplicitĂ© – Ă©conome, la mise en scène des films du tandem n’a pour autant rien d’une captation fonctionnelle. On Ă©tait donc en droit d’espĂ©rer retrouver dans Stan & Ollie, quatrième long- mĂ©trage du mĂ©connu Jon S. Baird, la mĂŞme rythmique dĂ©vastatrice, la mĂŞme Ă©lĂ©gance feutrĂ©e que dans la plupart de leurs films. ElĂ©gant, le film l’est pour sĂ»r, le rĂ©alisateur prenant soin d’emballer son histoire avec un savoir-faire d’artisan consciencieux, comme en tĂ©moigne ce joli plan-sĂ©quence d’ouverture – qui suit les comĂ©diens de la quiĂ©tude de leur loge jusqu’à l’effervescence du plateau de tournage. Une petite fantaisie qui s’avĂ©rera hĂ©las sans consĂ©quences, la suite du film versant bien vite dans un classicisme dĂ©suet, très et trop sage en l’occurrence pour saisir la douce folie de ses personnages.

Chaque scène potentiellement émouvante se voit sabordée par une musique sirupeuse des plus dispensables et le tout lorgne beaucoup du côté de la reconstitution historique, complètement surannée. Rien de très surprenant quand on voit que la BBC, adepte de ce genre de productions, a cofinancé le film. C’est d’autant plus dommage que Steve Coogan et John C. Reilly sont quant à eux particulièrement convaincants, animés par la même complicité malicieuse que leurs aînés. Une esthétique conformiste qui pourtant n’empêche pas le tout de dégager une certaine tendresse. Il faut dire que le film se montre beaucoup plus pertinent dès lors qu’il donne à voir toute l’ironie dévastatrice de la vie de comique.

Tout au long de leur exténuante tournée, Laurel et Hardy sont ainsi amenés à répéter ad nauseam les mêmes routines comiques, sur scène ou dans la vie – pour le bien d’une campagne marketing. On les découvre tragiquement décalés du reste du monde, cherchant avant tout à faire rire pour se prouver qu’ils existent encore. Deux scènes sont à ce titre particulièrement signifiantes : la première montre Laurel, dans la salle d’attente d’un producteur, rejouer mécaniquement certains de ses gags les plus fameux devant la jeune secrétaire, dramatiquement impassible. La deuxième scène, peut-être la plus belle de toutes, se déroule dans un dîner mondain. Alors que leur succès grandit, une violente dispute éclate entre les deux compères, provoquant l’hilarité de l’assistance, qui croit y voir un énième tour de passe-passe humoristique. Tout le drame des personnages réside dans cette incapacité à exister derrière l’image d’artistes qu’ils se sont eux-mêmes façonné. Bien que toujours lesté d’un académisme aux semelles de plomb, le film trouve dans cette attendrissante poésie mélancolique de quoi s’élever un peu au-dessus des biopics les plus fainéants.

ALEXIS ROUX

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