Plus grand nanan depuis
Plus grand nanan depuis "Le jour et la nuit" de BHL?

[ACHTUNG ACHTUNG!] Lorsque la femme d’un djihadiste, évidemment soumise à sa volonté, refuse d’ouvrir la porte qui libèrerait l’esclave sexuelle de son mari, Caroline Fourest choisit de filmer son reflet dans le miroir lorsqu’elle rabat le tissu de sa burqa sur son visage. Ou comment mêler en un seul plan la lecture terriblement simpliste d’un des problèmes politiques les plus complexes de notre époque avec la vision unilatérale d’une prison de textile qui contraindrait, selon la réalisatrice, toutes les femmes musulmanes à la soumission.

S’il faut reconnaître à l’essayiste et polémiste controversée une certaine audace dans le choix d’un sujet aussi épineux (surtout pour un premier film!), on ne peut que pester devant la facilité du traitement qui nous est proposé deux heures durant. Suivant le parcours d’une unité militaire exclusivement féminine ayant choisi de défendre le Kurdistan et sa population yézidie contre les exactions de Daesh, le film se complait dans une vision binaire du conflit, présentant les combattants d’une soi-disant guerre sainte comme un troupeau de psychopathes assoiffés de sang, lâches et méprisables, passant du même coup sous silence l’endoctrinement d’une jeunesse en perte de repères par une autorité spirituelle malfaisante. Face à eux, les femmes sont présentées comme les garantes d’une liberté essentielle, les Amazones des temps modernes luttant pour maintenir la souveraineté d’un territoire autant que pour remporter la guerre des genres. S’il paraît impossible de nier le courage de ces femmes qui s’insurgent face aux pires cruautés, le film pousse le vice jusqu’à légitimer une violence guerrière et par essence contestable. Par deux fois, le film met en scène le meurtre froid d’un terroriste, commis au nom de la liberté, pensant peut-être nous faire oublier l’immoralité d’une telle action.

Noyé sous un amas de symboles patauds, le film apparaît bien vite comme déconnecté de toute vérité sociale ou politique, incapable de maîtriser l’imagerie type du film de guerre. Du camp d’entraînement aux allures de sororité jusqu’au village kurde de l’ouverture, paradis perdu tombé aux mains de démons aux barbes longues, en passant par la reprise en chœur du Chant des Partisans, Sœurs d’Armes ne vise jamais juste. Le tout tient plus de l’essai filmé au discours grossier à tendance islamophobe que d’un vrai film de cinéma. Ne restent alors que les actrices, qui se démènent avec mérite au milieu de cet agglomérat de clichés pesants. Une bien maigre consolation qui ne protègera guère une ambulance d’ores et déjà destinée à essuyer de nombreux tirs.

ALEXIS ROUX

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