[PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS] Deuxième adaptation du roman éponyme de Stephen King (la première, vieille de trente ans, a fait les beaux jours des vidéoclubs), Simetierre s’ouvre sur deux plans particulièrement marquants. Le premier, un long-travelling aérien, donne à voir une épaisse et obscure forêt, théâtre des événements du film et de laquelle émane déjà une angoisse sourde. L’apparition d’une maison en proie aux flammes confirmera bien vite ce mauvais pressentiment. Le deuxième plan, un suivi en steadicam des traces de sang laissées aux abords d’une autre maison, n’est pas sans rappeler les plans subjectifs qui jalonnent le Halloween de John Carpenter. Alors que nous frôlons le seuil derrière lequel on imagine déjà le pire, un fondu au blanc nous ramène quelques jours en arrière, dans l’ambiance chaleureuse d’une famille en voyage. De facture assez classique, cette ouverture témoigne en vérité de l’implication visuelle et narrative d’un film d’épouvante très efficace.

On était pourtant en droit d’imaginer le pire concernant cette nouvelle version de Simetierre, car si Stephen King a durablement marqué le paysage horrifique américain, il est surtout devenu l’ingrédient principal de tout un tas de films d’horreur recyclant sans efforts les poncifs les plus éculés de son style et s’assurant, par sa simple présence sur l’affiche, une visibilité immédiate. Du point de vue de l’intrigue, Simetierre ne déroge pas à la règle. Soit l’histoire de la famille Creed, WASP jusqu’au bout des ongles, venu s’installer dans une grande maison forestière dans l’état du Maine pour se tenir abritée de l’agitation urbaine. Lorsque le chat de la famille meurt écrasé, le père, Louis (Jason Clarke) se rend aux côtés de leur voisin Jud (le toujours aussi bon John Lithgow) dans un ancien cimetière indien pour l’inhumer. Le lendemain, le chat réapparaît, bel et bien vivant mais désormais très agressif…

Sur le papier, il y avait déjà de quoi nous repousser, mais l’élément déclencheur du drame renverse vite la vapeur. Dès lors, il sera moins question de multiplier les surgissements de frayeur (quelques-uns subsistent et s’avèrent pour le coup assez ludiques) que d’ausculter l’autodestruction de la cellule familiale sur fond de descente aux Enfers. Servi par une ribambelle de comédiens très impliqués et une photographie remarquable (signée par le talentueux Laurie Rose, déjà à l’œuvre sur Free Fire et Overlord), le film tire toute sa force de ce regard introspectif – on se surprendra même à se trouver, rarement certes, véritablement ému. Hélas, le film tombera vers la fin dans le piège du sensationnalisme primaire, se dirigeant bon gré mal gré vers une résolution empesée et dramatiquement prévisible. Peu importe, le savoir-faire dont le film fait preuve reste plaisant et lui permet de s’élever sans mal au-dessus du tout-venant de l’épouvante.

ALEXIS ROUX

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