The Thing dans l’avion. En pleine seconde guerre mondiale, une jeune pilote embarque dans un avion avec un mystérieux sac noir. Son équipage est entièrement composé d’hommes odieux. Ils vont, pourtant, devoir tous faire face à une embuscade japonaise mais aussi à une mystérieuse entité maléfique…

Moins on en sait, mieux c’est. Sur le papier, ce long métrage entend mixer plusieurs codes de genres: le film d’action en huis clos et le film d’horreur période WW2. Dernièrement, ce genre d’alchimie a donné lieu à Overlord (Julius Avery, 2018) et ses zombies nazis cachés dans un bunker. Le contrat de ce dernier ayant été rempli sans éclat, on pouvait légitimement redouter le même maelström indigeste. Surprise: il n’en est rien. On nous promet Chloë Grace Moretz piégée dans les airs avec des militaires machos et un gobelin bien décidé à faire crasher le bombardier américain. Eh bien, c’est exactement ce que nous aurons dans l’assiette.

Parce que Shadow in the cloud est un film qui met la tête à l’envers, au sens propre. Pas seulement la tête d’ailleurs. Toutes les conventions passent au shaker. Le film, mené à une cadence diabolique, vient à peine de commencer que notre jeune pilote (Chloë Grace Moretz, au-delà du réel) se voit enfermée dans la tourelle boulle (oui, ça s’appelle comme ça) de l’avion, privée de son bagage mystérieux qu’elle trimballe et qu’il ne faut surtout ouvrir – on ne vous dira pas pourquoi. Avec une longueur d’avance sur tout le monde, la réalisatrice Roseanne Liang va alors prendre son temps pour dépeindre ce micro-monde hétéro-lubrique tout en restant focalisé sur l’héroïne. La jeune femme a beau être séparée des autres passagers, elle entend tout et voit tout, y compris ce que les autres ne voient pas. En particulier, cet affreux gremlin prenant un malin plaisir à saccager la carlingue de l’avion. Une étrangeté maléfique issue d’une réelle légende militaire et l’on en saura plus sur icelle le temps d’une amusante séquence animée, ajoutant un peu d’humour second degré au savoureux mélange des genres. Prenant rapidement conscience qu’elle ne peut compter que sur elle-même, la pilote va retrousser ses manches pour rester en vie.

La raison pour laquelle ce Shadow in the cloud est une franche réussite, c’est qu’il remplit absolument tous les objectifs fixés de divertissement du samedi soir. En tant que rollercoaster pur et dur, le film fonce à toute allure, va à l’essentiel, fait du bien. C’est d’autant plus appréciable que, derrière le spectaculaire qui en fout plein les mirettes, le récit se pare d’un sous-texte féministe assumé, amené subtilement par une remarquable symbiose entre l’interprétation incroyablement robuste de la Moretz et la mise en scène diablement efficace de Roseanne Liang, s’appropriant tout un imaginaire viril issu du film de guerre et du jeu vidéo. De la musique synthé-électro à l’image néon, c’est tout un imaginaire geek qui est plié et remis au gout du jour sous l’angle de la femme guerrière. Et honnêtement, il fallait oser jouer à fond cette carte! Si la seconde partie semble plus convenue (une fois qu’on a compris le principe et qu’on a grillé tous les secrets), elle n’en demeure pas moins aussi maitrisée et fournira alors son lot de combats aériens avec effets ébouriffants et mitraillage en règle. Avant un réjouissant finale où Chloé sera métaphoriquement intronisée cheffe de meute. Du symbolisme un poil too much mais nécessaire viendra clôturer ce voyage bref mais intense et réellement jouissif. G.C.

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