Hustler white. Il s’appelle LĂ©o. Ou peut-ĂȘtre pas. On ne sait pas. Le jour, la nuit, il traĂźne Ă  l’orĂ©e des bois avec d’autres garçons. L’air de rien, torses nus ou pas, ils attendent les clients pour ensuite glisser quelques billets dans leur poche une fois l’acte consommĂ©. LĂ©o n’a pas vraiment de toit, mais rĂ©ussit Ă  en trouver un de temps en temps. Au pire, le trottoir servira de matelas, le caniveau de douche.

Le garçon sauvage. Oui, Sauvage a tout de la fable misĂ©rabiliste sur la prostitution masculine, thĂšme sulfureux dont le cinĂ©ma a tirĂ© gĂ©nĂ©ralement deux courants ; soit il faut dĂ©goĂ»ter, soit il faut exciter. Sauvage a surpris son petit monde car il vaut mieux que ça. Son titre dĂ©jĂ , il le porte durablement et pleinement. Parce qu’on a la sensation de voir Ă  la fois un film ET un personnage principal indomptĂ©s, imprĂ©visibles. La dĂ©marche pourra paraĂźtre frustrante ou laborieuse, mais jamais le film n’explore les archives de sa fleur des rues. Ce qu’il Ă©tait : mystĂšre. Ce qu’il sera : point d’interrogation. Ce sera au spectateur de se retrouver, de se projeter. Sauvage est sauvage, car heurtĂ©, parfois drĂŽlement dur, mais sans distance sadique (ou masochiste). On retrouve l’absence de jugement et la rage tranquille des films Hollandais de Paul Verhoeven ou des Nuits Fauves de Cyril Collard. Vrai/Faux film urbain qui apprend Ă  respirer, qui attendrit au milieu des plaies.

C’est simple, Sauvage griffe autant qu’il caresse : des vieux homos rĂ©confortĂ©s au coin de l’oreiller au jeune couple branchouille dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© (ce qui nous vaudra une scĂšne Ă  la limite du supportable), le panel Ă©vite les situations attendues, bien qu’on n’échappe pas au clichĂ© du bourgeois sadien ou Ă  celui du bel arabe violent «pas pĂ©dé». Des broutilles, parce qu’on oublie tout en voyant Felix Maritaud, qui s’offrait dĂ©jĂ  deux sĂ©quences mĂ©morables dans Un couteau dans le coeur (le rapport Ă©crit Ă  la bite et la pipe mortelle) : une vraie gueule comme on n’en voit plus dans le cinĂ©ma français, offrant son corps et ses odeurs Ă  un personnage sur une corde raide constante. Le sexe fortement explicite, Ă  la frontiĂšre du hard, creuse le rapport Ă  la chair sans non plus s’y alanguir, faisant vivre un peu plus viscĂ©ralement cette odyssĂ©e de sueurs et de poils. Sa frontalitĂ© ne fera pas plaisir aux non avertis, alors que son secret est justement de valser entre le beau et le cru, comme cette incroyable sĂ©quence parallĂšle dans le cabinet mĂ©dical. Bien sĂ»r que Sauvage laisse des cicatrices, mais contourne aussi le rise & fall attendu, malgrĂ© des apparences trompeuses. Son Ă©pilogue poĂ©tique, apaisĂ© mais qui fera l’honneur de passer comme dĂ©rĂ©glĂ© aux yeux de la morale, confirme qu’on n’est pas lĂ  pour recevoir des leçons. Et ça, c’est chaos.

JÉRÉMIE MARCHETTI

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